J 10 – 10 mai  Mile 179.4 puis Idyllwild

Pas de vent cette nuit. Tant mieux car, à cette altitude, la nuit aurait pu être glaciale.

En revanche, la magnifique mer de nuages est remontée dans la nuit. Et c’est dans la brume que j’ai progressé sur ce chemin escarpé aux pentes plus prononcées que d’habitude. Jusqu’ici je n’avais pas noté de très forts pourcentages dans les pentes du PCT, mais plutôt une succession de courbes et de virages ayant tendance à rallonger les distances.

Dans les nuages

Dans cette partie, il n’en n’est rien. Ce n’est pas pour me déplaire et la perspective d’un vrai repas et d’une nuit confortable à Idyllwild me font avancer vite.

La neige est la guest star du jour. Dès que le chemin passe en versant nord, il me faut traverser de nombreux névés (18 en tout). Avec un minimum de précaution, en passant en début de journée, ils sont sans difficulté. Finalement, ce qui choque le plus c’est que l’on peut passer ici, en quelques heures, du désert à la neige.

Au mile 172, je retrouve Nick, le jeune texan qui était venu manger avec nous le 3ème soir. Il avance très péniblement et semble exténué. Son genou droit a doublé de volume et le fait souffrir. A ce stade, rejoindre Idyllwild va être un chemin de croix. Il refuse mon aide et je continue sur les névés, non sans un sentiment de culpabilité.

C’est loin d’être la Sierra

Un peu plus loin, il me semble reconnaitre une silhouette, c’est Psycho. On est content de se retrouver, il m’apprend que Rosi avance de mieux en mieux (ampoules guéries) et que Mavis n’est pas loin devant. Plusieurs hikers ont surnommé Mavis « Machine » car il semble progresser rapidement sans souffrir. Psycho me laisse avancer à mon rythme et on promet de se retrouver à Idyllwild.

Enfin, à Saddle Junction, je quitte le PCT pour entamer sur 2,5 miles la descente sur Idyllwild. Il me faudra encore une heure pour perdre 800m d’altitude. Arrivé à un parking, je tombe sur un groupe de hikers espérant un trail angel véhiculé pour faire les 3 derniers miles de route. J’y reconnais Mavis qui m’accueille à bras ouverts. Ainsi que 3 australiens affamés et exténués.

Un véhicule se présente et son chauffeur, trop cool, accepte de nous prendre tous dans son immense 4×4. Il nous laisse au coeur de la station.

Thanks driver

Il est 14h. Mavis doit filer vers son airbnb; les 3 australiens et moi décidons d’aller calmer notre faim. Ambiance sympa et méga hamburger au Lamber Mill (ça devient une habitude).

3 de Melbourne et ma pomme

Puis vient la priorité de trouver une chambre. Car en ce ďébut de WE, beaucoup d’hôtels sont pris d’assaut par les familles venues de LA ou Palm Springs. Je trouve, après quelques appels, une chambre pour 1 personne au Creekstone Inn (tarif PCT). Un hôtel de montagne classique, pas tout à fait central mais qui fera l’affaire. L’après-midi sera consacré au décrassage (un vrai bain), à la lessive (Laundry gratuite) et à une méga sieste.

Salle commune

Il est 20 h, je dois retrouver les rescapés de la « team class May 1st » demain pour un breakfast en ville. Je dois aussi prendre quelques photos, aller m’acheter des guêtres (dirty girl gaiters), un nouveau matelas gonflable (le mien se dégonfle chaque nuit) et 4 jours de nourriture.

Sauf changement majeur, je compte reprendre le chemin en début d’après-midi. Je préfère ces 1/2 jours de repos (Nero = Near zero) aux jours complets sans marche (Zero). Mais, je suis libre de tout, y compris de changer d’avis après ma première nuit dans un vrai lit depuis mon arrivée à LA.

Only for permitted hikers
Eau fraiche à volonté

J 9 – 9 mai (Paradise Valley Cafe) puis Mile 168,8

Longue journée en solitaire de (presque) 25 miles. Ça monte, ça monte.

Réveillé par le soleil sur la tente, c’est un début idéal pour attaquer cette journée de transition. En effet, le PCT va s’élever progressivement pour aller caresser les contreforts du Mont San Jacinto.

PCT petit coin tranquille

D’abord il me faut suivre sur 7 miles le même type de sentier escarpé et rocailleux, traversant parfois quelques petites prairies tapissées de fleurs, puis reprenant vite son défilé de cactus et de buissons épineux.

Au mile 145, je remplis mes bouteilles au réservoir Walden. L’endroit (campsite, espace pique-nique) est mis à disposition des hikers par un propriétaire privé. Il y a même une mini librairie en libre service.

Walden tentsite

Jusqu’au mile 151, je vais marcher en suivant de loin un autre hiker qui s’arrête régulièrement pour photographier faune et flore au téléobjectif.

I’m a poor lonesome hiker

Je prends mon temps car j’ai un objectif précis au mile 151. Bifurquer à gauche avant d’arriver sur la highway 74 et faire un petit mile qui me mène au Paradise Valley Café.

L’endroit est prisé des pctistes. Parait-il qu’on y sert le meilleur hamburger du PCT. Je m’y installe vers 10h30 et commande le hamburger maison, une assiette de frites et deux grands verres de soda. (Ça fait des jours que je mange des graines et de la purée).

Bon, c’est sûr, j’apprécie le moment. Dévorer un hamburger (pas aussi bon que ceux de Big Fernand, clin d’oeil à Adrien), s’asseoir sur une vraie chaise, recharger le smartphone et passer des appels. J’observe les clients, quelques hikers crasseux (j’en suis) et des gens du cru portant chemises à carreaux et caquettes de trucker. Un vieux musicien joue du blues sur la terrasse. Les pickups sont sagement alignés sur le parking. Sur la porte d »entrée, on peut lire « God bless our troops ». Bref, on est en Amérique.

Il est temps de repartir et d’attaquer au moins 15 miles de grimpette. Au moment où je règle mon repas, un mec aux faux airs de Clint Eastwood lance un « hey guys, need a ride to the trailhead ? » J’aquiesce aussitôt ainsi qu’un hiker australien et nous montons dans un pickup (dont la déco est entièrement consacrée à Jesus Christ) pour rejoindre le PCT à un mile de là.

La suite a été une longue et régulière montée dans un décor alpin aux airs de désolation. En effet, une grande partie de la région a brûlé lors des nombreux incendies de la décennie. Pins et chênes calcinés cohabitent avec quelques arbustes en fleurs. Parfois au pied d’un arbre mort, de nouveaux rameaux esquissent un regain de vie.

Montagne calcinée sur tapis de fleurs
Arbres brûlés
Regain de végétation

Aucun serpent aujourd’hui. Mais 50 lapins (il n’y a que ça depuis le Mexique), autant d’écureuils et de chipmunks ainsi que 2 biches.

En fin de journée, je plante ma tente sur un point haut (2140 m), protégé du vent. Je mange mes tortillas au thon en profitant d’un magnifique coucher de soleil sur la mer de nuages qui recouvre la vallée. Demain Idyllwild, la belle station alpine du coin, est à 13 miles de up & down (avec un passage à 2 630 m et quelques névés à traverser) et une belle descente pour la rejoindre

Chambre avec vue…
.. sur la mer de nuages

J 8 – 8 mai  Mile 144

Aujourd’hui ça fait une semaine que je suis sur le Pacific Crest Trail. Tellement de choses se sont passées et pourtant ce n’est que le début. J’ai le sentiment d’avoir à la fois accéléré le cours de ma vie (en étant sans cesse confronté à de nouvelles situations et expériences) et d’en avoir ralenti le rythme. En effet, mon quotidien se résume aux choses les plus simples: avancer, boire, manger, faire des pauses, se laver (si possible), trouver un endroit pour dormir… Il n’est plus question de gérer le stress, de se confronter aux autres ou d’aller titiller le sommet de la pyramide de Maslow. Et ça fait du bien.

La nuit a été la plus calme de toutes. Pas un bruit, pas un souffle d’air. J’ai dormi seul au milieu des collines de la Cleveland National Forest. Je me réveille dans les nuages. La brume empêche toute visibilité à plus de 5 mètres.

Je chausse mes nouvelles amies, les chaussettes de compression (qui soulagent immédiatement la douleur de la périostite). L’objectif de la journée est de s’approcher le plus possible de Paradise Valley et de se retrouver ainsi à moins de 2 jours de marche d’Idyllwild, où je compte bien prendre ma première chambre d’hôtel.

Mais d’abord il me faut gérer l’eau. Comme j’ai dormi (volontairement) à moins de 400m d’une source en contrebas du chemin, je m’y rend. En fait de source, ça ressemble plutôt à un abreuvoir, où croupit une eau douteuse recouverte de cadavres de moustiques. Bon, dans ces contrées désertiques, il ne faut pas faire la fine bouche. Je remplis ma poche à eau et remonte pour la filtrer.

Toute la journée a été une histoire d’eau. D’abord, celle qui perle sur les vêtements et le corps, au petit matin, quand j’avance dans la brume des nuages. Puis, rapidement, pour étancher la soif, sous un soleil de plomb, celle des ruisseaux presque à sec, des citernes rouillées ou des 2 water-caches de la journée.

Tule Spring

J’ai commencé à marcher à 7h30 et, hormis de très nombreuses pauses, j’ai terminé cette étape vers 19h au sommet d’une colline jonchée de gros rochers, sur un magnifique emplacement protégé du vent.

25 miles sur une jambe et demie, grâce à mes nouvelles bottes de 7 lieues. Si j’avais imaginé cela hier matin, avec ma poche de glace et mes doutes …

Je ne me suis même pas arrêté chez Mike (un personnage du PCT) d’abord parce que ça fait un écart inutile quand on a de l’eau et aussi parce que je n’étais pas dans le mood weed et Cie.

Mike s Place

J’ai marché seul toute la journée. Le reste de l’équipe (class May 1st: Rosi, Psycho et Mavis) est 1/2 journée devant. J’ai seulement vu 6 hikers US au moment d’une pause. Et aussi de nombreux reptiles.

Ce soir, sous la tente, j’arrive à capter faiblement un peu de réseau. Je suis touché par les mots d’encouragement de dizaines de personnes. Cette aventure n’en prend que plus de relief. Alors Merci les Rémi, Damien, Patrick, Stéphane, Julie, Bertille, Mariette, Thierry, Sandrine, Laura, Philippe, Maria, et tous les autres.

J 7 – 7 mai Warner Springs (puis mile 119,8)

Ce matin, avant même de poser le pied hors de ma tente, je comprends que je ne partirai pas. La douleur au toucher ainsi que l’oedème qui s’est formé au dessus de la cheville me poussent à la prudence. Ce sera une journée de repos et de soin de cette p… de périostite.

Je regarde les autres partir, non sans un pincement au coeur. Ils ont prévu un « zéro » (une journée de repos dans le jargon des hikers) à Idyllwild dans 4 jours. Au mieux je pourrai les rattraper Samedi ou Dimanche.

Pour l’instant, ce n’est pas la priorité. A 8h pétantes, le Community center ouvre ses portes. Je me précipite pour aller chercher une poche de glace que j’applique sur le tibia, je prends un café et je m’installe à l’espace computer pour passer des coups de fil et mettre à jour le blog.

Les heures passent. 4 poches de glace plus tard (j’ai pas compté le nombre de cafés pris), l’oedème s’est résorbé. J’applique le gel ibuprofène et vais m’allonger dans ma tente.

Dans la tente et dans l’attente

C’est fou ce qu’on peut cogiter dans ces moments là. J’observe les hikers du jour, ceux qui vont faire leur lessive, ceux qui passent régulièrement devant la hiker box en quête de nourriture, ceux qui appellent la famille, ceux qui matent des vidéos, ceux qui cuisinent et ceux qui soignent leurs petits bobos. Dans cette catégorie, je suis battu à plates coutures par Mikael, un colosse allemand de 2,05m, qui est immobilisé à Warner Springs depuis le 22 avril. Entorse de la cheville. Je lui demande comment il occupe son temps, il me montre une pile de bouquins « j’ai plus lu ici que ces 10 dernières années » et « hors de question que je rentre en Allemagne sans avoir terminé le PCT ». Le mental. C’est le principal carburant du marcheur.

Vers 13h je passe devant l’airstream magasin d’équipement et je leur demande s’ils ont des bas ou chaussettes de compression. Bingo. La vendeuse me propose une paire de mi-bas  etudiés pour la prévention et le soin des périostites. J’essaie, j’achète, je revis. La douleur a quasi disparu et la compression maintient parfaitement la membrane contre le tibia.Je file à la tente, fais mon sac, prépare mon départ et, à 15 heures, je quitte les lieux.

Je vais ainsi marcher pendant 4 heures à un rythme très lent et sans forcer sur les appuis. Les sensations sont bonnes. Me revoici en chemin, au train d’un promeneur dominical certes, mais putain je marche.

Compressé ou con pressé

10 petits miles (16 km) sans douleur, malgré les montées et les descentes. Je kiffe ces instants, je suis à l’écoute de mon corps et de la nature. Je traverse des ruisseaux, des prairies et remonte dans les collines à cactus. Le chemin est facile. Je prends quelques photos de fleurs, je puise de l’eau, je plante ma tente sur un spot tranquille. Je mange des tortillas en regardant la vallée. Le temps est lourd et menaçant. Je m’en fous, j’ai marché.

J 6 – 6 mai Warner Springs (mile 109,5)

Courte journée pour passer un après-midi de repos au Community center. Voire un peu plus.

Ce matin, je suis plutôt satisfait d’avoir trouvé un emplacement protégé tant la nuit a été venteuse. Des rafales régulières ont secoué la végétation. La tente a un peu tremblé sans toutefois m’empêcher de dormir. Au réveil, les nuages sont bas et il fait froid.

Je passe une pommade anti-inflamatoire sur la zone douloureuse du tibia gauche et j’essaie de compresser avec une chaussette. Il me faudrait une poche de glace. Je pressens un début de periostite. Je connais la musique, il va falloir ralentir, poser le pied à plat, utiliser l’appui des bâtons, mettre du froid dès que possible et strapper. Sans oublier de carburer à l’ibuprofène. Bref, arrêter de faire le con. Et rebaptiser le site « 24 miles a week »😉

Tente pliée, petit-déjeuner frugal et en route. Il est 6h30, je n’ai que 14 miles (22 km) à faire aujourd’hui.

Je marche avec la doudoune dans un silence incroyable, comme si le vent de cette nuit avait balayé toute forme de vie. Je passe devant une petite grotte idéale pour abriter un hiker.

Hôtel 1 seule chambre disponible

Un peu plus loin, je retrouve Psycho en train de plier sa tente (« Fucking wind »), je lui dis qu’il me rattrapera facilement du fait de ma cadence d’éclopé.

C’est chose faite au Mile 100. Un passage symbolique marqué par quelques pierres sur le sol. On se photographie mutuellement pour immortaliser le moment. Non sans penser qu’il reste encore … 2500 miles. Une paille !

100 miles

Un mile plus loin, c’est (enfin) mon premier « trail magic ». Près d’un point d’eau et d’un grand campsite, un couple de retraités, a installé quelques chaises et une table pleine de victuailles. Uniquement et gratuitement à destination des hikers. Un big « welcome, you guys are heroes ! ». Devant tant de générosité je suis ému et reconnaissant. Deux autres hikers sont dejà en train de prendre un vrai petit-déjeuner. Ron et Celeste (nos hôtes) sont aux petits soins. Il est véteran de l’US army, père d’un fils qui a réalisé le PCT en 2017 et est réellement admiratif des thru-hikers. « Dans ce pays où les voitures ont remplacé les jambes, vous nous ramenez à notre condition ».

Premier « trail magic »
Avec Celeste et Ron

J’engouffre, confortablement assis, 2 paquets de chips, 2 oeufs durs, 3 pains au lait, 1 orange et 2 sodas. « Come on » m’encourage Celeste, à chaque fois que j’hésite à me resservir. So …

La conversation tourne autour de l’Australie (leur prochain voyage) et de Paris. Ils ont sincèrent été choqués par l’incendie de Notre-Dame. (C’est d’ailleurs un sujet récurrent ici, cette cathédrale fait partie intégrante de l’imaginaire collectif). 30 minutes de pause absolue et je repars.

Après avoir traversé une petite route, le paysage change radicalement, on entre dans de vastes étendues de prairies parsemées ici et là d’amas de rochers granitiques et de chênaies. C’est archi reposant. Je ne sais si c’est l’ibuprofène ou l’orgie du trail magic, mais je galope (« fais pas le con »).

La prochaine halte est …
… au bout de la prairie

Un autre symbole du PCT se profile à l’horizon: Eagle rock. Une formation rocheuse, au milieu d’une immense prairie, ressemblant à un aigle aux ailes déployées. Photos de rigueur pour « Psycho » et « Blogger » (comme il m’appelle).

Eagle Rock

Puis derniers miles en sous-bois, le long d’un ruisseau (enfin de l’eau) pour rejoindre le hameau de Warner Springs où un Community Center reçoit les PCT hikers.

Arrivés à 12h30, c’est le lieu idéal pour se remettre en selle. Un campsite, des toilettes, une pièce de repos avec 200 multiprises, un petit magasin et de quoi laver le hiker et ses vêtements. De ce côté là, ça reste rudimentaire, tout se fait à la main. On pratique la « bucket shower » mais avec un seau d’eau chaude. Il y a aussi un van aistream qui sert de magasin d’articles ultra-light. Enfin, chaque soir, l’école communale propose un repas de cheeseburgers aux hikers. Bref que du bonheur.

Je vais ainsi passer l’après-midi à faire la lessive, me laver, poser de la glace sur mon tibia, bloguer un peu, dormir pas mal, discuter énormément et quasiment toujours une canette à la main.

Ice on shin split

Toute notre class May 1st est là: Mavis, Psycho, Rosi et quelques autres. Mais il y a aussi près de 40 hikers partis à d’autres dates (certains le 25 avril). Le campsite ressemble à un camping de la côte landaise au mois d’août.

Campsite du Community Center

La journée file tranquillement, sous un ciel très bas, jusqu’à l’extinction des feux. A 20 h, on entend la guitare, « Marie-Jeanne » parfume un peu l’air, les chevaux galopent dans le champ d’en face, les écureuils sont à l’affût de nos miettes, les premiers ronflements les font fuir, je m’endors doucement le pied dans ma poche de glace.

Squirrel

J 5 – 5 mai  Mile 96

Je me réveille vers 4h30.
Un dimanche matin à Julian, allongé comme un clodo sur un patio de magasin.
Bon, finalement j’ai très bien dormi. Psycho dort encore à poings fermés, j’en profite pour dégainer le smartphone et chercher du wifi. Ça marche. Je m’attaque aussitôt à la rédaction des articles du blog.
J’entends le clocher sonner, le jour se lève et le camion poubelle passe. Le conducteur jette un oeil sur le patio et me fait un salut amical. Un chien vient me renifler les pieds et part d’un air degouté.
6h30, il est temps de se lever.

Au programme, prendre un café et une apple pie (on s’habitue), passer par les toilettes pour se refaire une beauté et trouver une voiture pour nous ramener à Scissors Crossing.

Julian au petit matin

Cette fois-ci, tout va bien. Un mec sympa un peu trash accepte de nous ramener sur le trail. J’ai droit à partager la banquette arrière avec Todd, son pitbull en fin de carrière, plutôt tolérant. Sur les 12 miles du trajet, il finit par s’assoupir sur mes genoux. Faut dire que, niveau odeur, on jouait dans la même cour.

Keep cool Todd

8h30. Back to the trail. On fait le plein d’eau sous le pont, on salue les deux seuls hikers présents, et c’est parti pour la grimpette.
Le chemin monte tranquillement pendant des heures à travers un paysage digne d’un jardin botanique. Plusieurs cactus sont en fleur et rivalisent de beauté.


Le passage par Julian nous a donné la pêche et la montée s’effectue à un rythme soutenu. Peut-ētre un peu trop car je ressens une douleur lancinante au niveau du tibia gauche. De fait je ralentis, on n’est pas pressé pour arriver à Warner Springs demain en début d’après-midi. J’ai suffisamment de bouffe pour avoir besoin de rattraper Rosi et Mavis dans la journée. D’autant que la plupart des hikers sont partis ce matin vers 6h30.
 Il fait 28 degrés. Psycho marche devant. Le sentier ne fait que monter en pente douce dans les collines.

« Psycho » on the trail

Dans un des nombreux lacets, il se fige et me fait signe. Un jeune crotale s’est donné pour mission de nous empêcher de passer.

On l’observe, le titille, le photographie mais on ne fait pas les fiers. Un sprint de 3 mètres et hop on a enfin eu notre dose d’adrénaline mode bestiaire. Il nous restera le cougar et le grizzly pour plus tard.
On double quelques hikers harassés par la chaleur.
Pause déjeuner dans une courbe à l’ombre, puis je laisse partir Psycho. La douleur au tibia me préoccupe et je souhaite aller à mon rythme. J’apprécie cette étape à flanc de colline avec des vues splendides sur la vallée San Felipe. Mais l’ombre se fait rare.
J’arrive à l’intersection qui mène vers l’unique point d’eau de la journée. Une water cache trés approvisionnée signalée par un panneau devenu célèbre dans la photothèque des pctistes.

Water cache au bout du chemin

L’endroit est plaisant. J’y retrouve Psycho et 3 autres hikers (inconnus). Je vais y passer une heure à l’ombre et boire 3 litres. 

Je laisse partir les autres puis, bouteilles pleines, je repars sur le trail qui continue à monter. J’avance doucement. Certains pasages sont très exposés au vent. Les places de campement sont peu nombreuses. Il est 18 heures et je suis à l’affût d’un endroit protégé pour y passer la nuit à moins de 12 miles de Warner Springs. Dans une courbe, c’est chose faite. Un espace tout juste suffisant pour y planter ma tente et y savourer ma specialité du soir: purée de pommes de terre au fomage avec du Jerky beef et un échantillon de Nutella (souvenir de mon premier petit-déjeuner à L.A.

La ration du hiker

Le smartphone ne capte aucun réseau. Je me mets Radiohead sur les oreilles et je contemple la lumière du soir.  Cette nuit je dors seul au milieu de nulle part. A ma place.

J 4 – 4 mai  Julian (mile 77,3)

J’ai plutôt bien dormi. Pourtant, en legère pente, j’ai passé la nuit à glisser sur le côté

Ce matin, en regardant le profil de l’étape du jour, je m’aperçois que le prochain point d’eau n’est pas fiable (probably dry). Discussion faite, nous laissons les sacs à Rosi et décidons de repartir de quelques miles en arrière pour aller remplir nos poches à eau au réservoir du Sunrise trail. Sans sac à dos, l’opération ne nous prend que 40 minutes.

Réservoir du Sunrise trail

L’objectif de la journée est d’atteindre Scissors Crossing, une intersection de 2 routes au milieu de la vallée. De s’installer à l’ombre sous le pont de la highway, dans le lit d’une rivière à sec. Et surtout de faire du stop pour aller passer l’après-midi à Julian (petite ville sympa spécialisée dans le cidre et l’apple pie).

Chacun part à sa cadence, Mavis devant comme d’habitude, suivi de Rosi. J’attends encore 10 minutes, le temps de filtrer l’eau puis je me mets en route.

C’est par là

Peu d’ombre. Il va falloir s’y habituer. Le chemin est agréable, presque en ligne de crête.  Dans une descente je retrouve sous un minuscule arbuste Rosi en compagnie de Richard, un miltaire québecois qui randonne en kilt (il fait sensation). Il a dejà tenté le PCT mais a abandonné dans la Sierra après une chute l’an dernier. Quand je lui demande pourquoi il recommence depuis le début, il me répond « pour êtte un thru-hiker, on fait tout le chemin en une fois, sinon autant rester chez soi ». J’adhère.

La journée est étouffante. Chacun va en solo. C’est un chassé croisé en fonction des pauses. Pour ma part je fais des breaks de 10 minutes et je marche doucement. La vue sur la vallée est splendide. Le paysage devient de plus en plus proche de l’idée qu’on se fait du désert.

Au mile 69, première water cache (un endroit oû des trail angels stockent des galions d’eau potable à destination des hikers).

Le chemin très pierreux continue a alterner les montées et les descentes souq un soleil de plomb. Puis peu à peu, nous commençons la descente vers la vallée oû l’on aperçoit au loin la highway rectiligne.Richard, l’homme en kilt, joue les habitués. Il me propose de faire une dernière pause à l’ombre d’un rocher en surplomb car « les 3 miles dans le fond de la vallée pour rejoindre le pont sous la highway sont éprouvants ». Va pour la pause. On s’y retrouve tous.

Under the rock

En fait la traversée de la vallée est plutôt cool. Effectuée dans un décor de far-west au pas de course en 45 minutes. Jusqu’à ce fameux pont.

Dans la vallée
Scissors crossing

Quatre hikers (jamais vus) somnolent à l’ombre. Une water cache est à disposition ainsi que des poubelles et une hiker box (là où on laisse le surplus de matériel ou de nourriture à ceux qui en auraient besoin). L’endroit n’est pas excitant mais il fait partie des « symboles » du PCT. Et surtout, on peut y tenter l’aller-retour en stop jusqu’à Julian.

Enfin de l’ombre
Water for the hikers

Après une mini sieste, je propose cette option à Rosi et Psycho qui sont plutôt partants. On est rejoint par Gulliver (ok c’est un trail name), un canadien.

Pas même le temps de tendre le pouce qu’une voiture s’arrête. Nous nous y entassons et, au moment de démarrer, la conductrice nous demande « ça vous dérange si j’ouvre un peu les fenêtres ? » On éclate tous de rire tellement il est évident qu’on pue la misère. Pas de douche, des vêtements imbibés de sueur et de poussière. J’admire et je suis reconnaissant envers ces américains, comme cette dame, toujours prêts à nous aider.

Ouvrez les fenêtres

Julian est une jolie petite ville. Dans un endroit verdoyant, quelques habitations et commerces alignés le long d’une route. On s’attend à y croiser la famille Ingles. Un décor de cinéma dedié à la star du Comté: la pomme. 2 cidreries, 5 restaurants dont 3 affichant l’apple pie en spécialité.

Julian

Direction Mom’s, the place to eat the apple pie, surtout parce que sur présentation du PCT permit, ils offrent une part de tarte et une boisson. C’est l’extase. On avait presque oublié le goût des choses. On déguste nos parts généreuses et on en profite pour recharger les téléphones.Pas trop envie de repartir dormir sous le pont de la highway. Objectif: racheter de la nourriture et aller diner dans la Pizza factory. On y passe deux heures à dévorer des pizzas « king size » et à boire des IPA.

La part gratuite du thru-hiker
Apple pie factory
Talk to me ?
Hmmm

Vers 19h, on se met en quête d’une voiture pour Scissors Crossing. La première qui s’arrête ne peut prendre que 2 personnes. Je laisse ma bouffe à Rosi qui embarque avec Gulliver. Confiants, Psycho et moi continuons à tendre le pouce et … rien. De moins en moins de voitures passent, la nuit tombe et au bout d’une heure, on commence à cogiter. Il va falloir passer la nuit ici.

Après avoir tenté en vain de trouver une chambre d’hôtel, une personne nous indique qu’on peut passer la nuit sur la terrasse extérieure du liquor store. Quelques tables, des parasols, ça fera l’affaire pour ma première nuit de « cowboy camping ». Avec Psycho, on se marre; après tout, c’est ce qu’on est venu cherché, l’inédit et l’expérience.Au fond de mon sac de couchage, sur le matelas à même le sol, je revis la journée. Plutôt positive, totalement libre et inattendue. Et je m’endors le ventre plein.

Bien dormi ?

.

J 3 – 3 mai Mile 59,7

Vendredi 3 mai. Mount Laguna à m.59,7
La nuit a été agréable et réparatrice
Malgré l’altitude, il n’y a pas de rosée.
Le ranger qui vient taper la discussion nous annonce une journée très chaude.
La priorité du matin esr d’aller au Mount Laguna store pour un nouveau filtre à eau. Ils n’ont que des mini sawyer (tant pis et tant mieux ça fera l’affaire). La philosophie du PCT c’est de s’accomoder de ce qu’on trouve.

Mount Laguna store

Au passage, orgie de café et jus de fruits que l’on déguste sur le perron. Deux autre hikers ayant fait l’AT et le CDT bullent avec nous sans grande envie de partir.


Mavis part le premier. J’en profite pour partir aussi en solo. On en a un peu discuté; inutile de chercher à être ensemble. Chacun doit trouver son rythme .
A 10 heures, il fait deja 26 degrés . J’apprécie la varieté de paysages en si peu de temps. La sortie de Mount Laguna se fait dans des pinèdes sur un chemin souple.

Un sous-bois dans le désert

Je retrouve Wesley, alias « Psycho ».  On marche ensemble quelques minutes puis il s’arrête. Le chemin remonte fort en plein soleil. Je suis à nouveau en terrain de prédilection.
Je vais ainsi me retrouver seul une grande parie de la journée.
Les sensations sont bonnes et j’avance vite bien qu’ayant pour objectif de limiter les premières étapes à 20 miles.
La pause déjeuner a lieu au mile 43, dans un espace pique-nique Pioneer Mail) aménagé très agréable et propice à une mini sieste. C’est aussi un lieu de ravitaillement en eau. Le groupe se reforme le temps d’une pause puis naturellement se désagrège au fur et à mesure que chacun ressent le besoin de partir. Je passerai l’après midi en solo à observer de magnifiques panoramas sur la Mason Valley.

Le chemin sillonne en pente douce à flanc de montagne. Chaleur et soleil tempérés par l’altitude et le vent qui se lève.
A 18h30, Mavis a repéré un espace un peu protégé du vent et suffisant pour 4 ou 5 tentes. Il espérait bien être rejoint L’endroit est super. Même si je peux encore marcher une heure, je sais que la prochaine section est très exposée au vent. Je m’installe pour la nuit. Arrivent bientôt Rosi puis Psycho. Non loin de là, un jeune texan a planté sa tente entre 2 buissons. Il vient nous rejoindre pour discuter.

On monte le camp

Le repas est pris en quasi commun. En gros, chacun mange sa propre nourriture, le cul sur une pierre devant sa tente. La discussion tourne autour des perspectives d’aller prendre un vrai repas, une douche, etc… Il se met à faire froid. On se brosse les dents, on se souhaite bonne nuit et on s’installe dans nos duvets.
Sales mais heureux d’être là. Il est 20h, le minuit du hiker.

C’est tout droit

J 2  2 mai – Mount Laguna (mile 42)

De Lake Morena à Mount Laguna.
Cette première nuit a été glaciale. Ceux qui ont laissé leurs affaires dehors les retrouvent gelées. On rit à la vue des chaussettes de Tamary figées par le froid. J’ai de la chance (merci Zpacks) de ne pas etre mouillé. Ma tente est suffisament grande pour y entasser mon équipement. Cependant, elle a doublé de poids au moment de la plier. Nous nous sommes levés tôt pour profiter de la fraicheur car la météo annonce 10 jouts de fortes chaleurs.

Mon palace au petit matin

En quittant Lake Morena, on évolue dans un paysage de landes sur un chemin sablonneux agréable. Puis après quelques miles, ça commence à monter. Il faudra atteindre 1800 m d’altitude en fin de journée.

Campsite Lake Morena

Vers 9h, les nuages s’en vont, il fait deja trés chaud. Le chemin sillonne le long d’un canyon pendant près d’une heure. Nous marchons tous les 3 (Mavis, Rosi et moi) à un rythme soutenu. Il y a une forme d’accord tacite, on n’est pas vraiment un groupe mais on prend des relais et on partage les temps de pause.

Chemin de Landes

A un endroit, le chemin se rapproche du fond du canyon et nous décidons d »aller faire trempette dans le ruisseau qui nous fait de l’oeil. Comme il y de grandes pierres plates, c’est l’occasion de faire secher les tentes. En fait de plage idyllique, c’est aussi un repaire de serpents. Mais « struggle for life », on les fait fuir pour profiter vraiment de cette baignade (il y a encore deux jours j’aurais fait demi-tour). Moment reposant car le reste de l’étape va s’avérer difficile.

Sont où les serpents ?

Mon filtre à eau ne fonctionne plus. Même en le nettoyant et en soufflant dedans, impossible de faire passer l’eau. Solidarité oblige, je vais utiliser celui de mes acolytes toute la journée en attendant de pouvoir en trouver un nouveau à Mount Laguna.

Blossom desert

La montée vers les 1800m de cette station s’effectue dans la rocaille et sous une chaleur etouffante. Peu d’eau. Mais nous començons à nous y habituer. Savoir gérer l’eau (filtre cassé ou non) est la base du hiker, spécialement dans ces territoires hostiles. Pour cela, nous disposons des infos, pas toujours fiables, du water report qui repertorie le moindre point d’eau.

Cette interminable montée (pas si difficile dans un autre contexte) est exténuante. Je ne bois pas assez, c’est un fait. (La crainte que le prochain point d’eau soit à sec) Je transporte 3 à 4 litres en moyenne et bois beaucoup au moment où je refais le plein.

Malgré son expérience du Te Araroa, Rosi souffre beaucoup dans cette 2ème journée. On se fixe l’objectif d’un plat de spaghettis sauce bolognaise (il y a un restaurant à Mout Laguna) pour le moral. En fin de journée, c’est une course contre la montre. Le paysage change, avec des pins et des chênes, on se croirait dans les Pyrénées. Arrivés à 18h30, le restaurant est fermé.

A l’ombre du grand chêne

Désillusion. Rosi a deux ampoules, Mavis et moi faisons grise mine. Mais peu importe. On est 3 à avoir fait l’étape. 22 miles ( 35 km) ce n’est pas si mal pour un début d’aventure où les jambes ne sont pas encore rodées. Go slow go far.

Ce soir, ma récompense ce sera un feu de camp au Burnt Rancheria, une douche chaude à 1 dollar les 4 minutes et un coup de fil à ma muse. Ça n’a pas de prix.

J 1 1er Mai – Lake Morena (mile 20)

De Campo à Lake Morena.
Départ à 6h de Chez Scout et Frodo après un dernier petit déjeuner.

Breakfast time

Laurent (Sorry) a bien envie de venir avec nous, mais l’organisation est sans faille. Ne partent que ceux qui ont le PCT permit en date du 1er Mai.

Je passe sur la balance, 82 kg pour le bonhomme et 8,9 kg pour sac (3 l d’eau et 3 jours de nourriture incluses). Le sac, c’est Ok. Pour moi, c’est un parti pris volontaire de partir avec un surpoids de 10 kg et peu d’entraînement. Cela va me permettre de puiser dans mes « réserves » pour éviter une perte de poids trop importante pendant l’aventure et surtout me limiter dans ma propension naturelle à partir trop vite (blessure). Bref on verra bien.

Nous sommes 3 dans voiture qui mettra 1h pour rejoindre ce coin perdu du sud Californien. Campo est en fait un ancien camp militaire avec quelques baraquements abandonnés. Tout au bout d’une piste, il y a le mur. La frontière avec le Mexique matérialisée par une immense muraille de panneaux d’acier rouillé sur des kilomètres.

Border

L’endroit serait glauque s’il n’était pas symbolique pour moi d’un point de départ matérialisé par le « south monument ». Photos de rigueur, embrassades, derniers conseils des trail angels sur le « leave no trace », puis c’est parti. ENFIN.

Enjoy


Les premiers miles défilent dans une atmosphère d’euphorie. On va de symboles en symboles, après monument zéro, c’est l’incontournable photo du mile 1 puis celle de la voie ferrée traversée au mile 3. « Happiness », c’est le sentiment qui prédomine parmi les partants du jour. Statistiquement, un tiers des 23 partants atteindront le Canada, mais l’essentiel est d’être sur le chemin.

Presque fini

Le temps est couvert. De petits groupes se forment rapidement. Je me retrouve assez vite devant en compagnie de Mavis et Rosi. On prend les relais à un rythme assez soutenu dans un paysage valonné et moins sec que j’aurais imaginé. Notre but commun est simplement d’atteindre le campsite de Lake Morena. 33 km pour un premier jour, ce sera deja bien.

Nous sommes rejoints puis dépassés après une dizaine de miles par un veteran australien que l’on surnomme rapidement « Crocodile Dundee ».

La descente sur Hauser Creek me casse un peu les genoux (encore rouillés). L’endroit est sympa, un ruisseau avec des emplacements possibles pour une tente. Beaucoup y passeront leur première nuit. J’hésite à prendre de l’eau. Le ciel s’est vite dégagé et il fait très chaud pour cette première journée ensoleillée. Finalement à la vue d’un serpent dans le ruisseau, je me ravise. Je ferai l’étape avec les 3 litres du départ.

Dans la montée qui suit Hauser creek, je me retrouve seul, en terrain de prédilection. Après 2 miles, je rejoins Crocodile Dundee.
Nous alternons alors un chassé croisé (no, it’s not a race) dans un magnifique paysage désertique.

En fait de désert, on serait plutôt dans un décor hybride entre le Causse cévenol et les pyrénées catalanes. Vous rajoutez des cactus et des serpents, vous mettez le thermostat à 180 et vous obtenez le SoCal. Au menu du jour, chaleur, pierres et premiers buissons de « poodle dog bush », une saloperie suffisament toxique pour vous faire prendre l’avion du retour en transport sanitaire. Je pratique ce qui va devenir une activité recurrente ces prochains jours, la recherche de l’ombre pour une pause.

Ne pas toucher

Vers le mile 18, c’est la vue sur le lac puis j’entame la descente vers le campground de Lake Morena, seul et content d’en finir. Il est 16 h. Suffisant pour une toute premiére journée.

Ce soir, nous serons 6 à camper et à apprécier une première bière XXL (une gentille Corona) achetée au liquor store du coin. Il y a Mavis (Hong Kong) et Rosi (Allemande), Tamary (Porto ricaine), Crocodile Dundee (Aussie), Tattoo (Colorado) et Wesley (hollandais) qui, féru de plaisanteries sarcastiques, ne tarde pas à prendre le surnom de « Psycho ».

L’ambiance est sympa et détendue. On est enfin sur le trail. Ce soir je m’endors dans mon palace de 3 m2 et je pense au colibri photographié chez Scout et Frodo. La légende, oû petit à petit, chacun fait sa part. A la mesure de ses moyens. Il ne reste plus que 4240 km pour atteindre le Canada.

PCT class’19 1er Mai
Mavis et Rosi
Lake Morena
Mavis, Rosi, Crocodile dundee, Psycho et votre serviteur