J 59 – 28 juin. Mile 1001.

Ça y est ! Sous une averse de neige, dans le vent glacial de cette fin de journée, un peu après la jonction du West Walker River trail, j’ai passé le millième Mile.

Vers Dorothy Pass

Aucune inscription, ni panneau, juste un point imaginaire sur un sol enneigé. Peut-être ce petit sapin torturé par le vent ou ces rochers escarpés… Peu importe, le symbole est accessoire. Juste envie de crier « Putain, yesss… 1000 miles ! « .

Parce que le PCT alterne le meilleur et le pire. L’édition 2019 sera marquée par les caprices de la météo. Il neige un 28 juin !

Ciel menaçant

C’est d’ailleurs tout ce que je peux retenir de cette journée. Hormis une dizaine de traversées de rivières et un parcours à 80 % enneigé. Le col du jour est le Dorothy Lake Pass qui marque notre sortie du Yosemite Park.

L’hiver en été

J’ai passé la journée à arpenter des montagnes russes. Une alternance de paquets de neige de 3 à 4 mètres de haut, qu’il faut franchir en suivant vaguement un chemin qui se dissimule sous le manteau blanc. Exténuant !

Dessous c’est plat

Peu de photos. Un peu comme si cette overdose de neige anihilait mes envies de clichés. J’aurais pourtant bien voulu immortaliser ce gros ours noir traversant la rivière Tilden Creek, juste après nous. Mais mon smartphone était encore dans un sac étanche.

Je campe dans un endroit à peu près « sec », sous les pins. J’ai diné sous ma tente, en quête de chaleur et de solitude. Dehors, il neige et le vent souffle fort. J’ai ma playlist préférée sur les oreilles, volume ++. Et je ne peux m’empêcher d’apprécier ce moment hors du temps. Je me sens vivant .

Les failles sont parfois plus belles que la surface
Still standing

J 58 – 27 juin. Mile 982

Je m’attendais à une journée de montagne classique et tranquille. J’ai vécu des moments plus forts et plus flippants qu’à Forester Pass ou Mather Pass.

Départ à 6h30

La neige. Toujours la neige. A des altitudes moindres que dans le sud Sierra, elle est présente partout. Et complique sérieusement la progression.

Smedberg lake

Froid polaire aux premières heures de la journée. Je garde la doudoune et les gants pendant 3 heures. La montée vers Seavey Pass est pénible sans être réellement difficile. Comme toujours, le chemin contourne quelques beaux lacs juste avant le col.

Seavey Pass

Seavey Pass est en Ligue 2 des cols de la Sierra, tant il est insignifiant et peu caractéristique du passage d’une vallée à une autre. Mais sa descente est extrêmement compliquée. Le chemin initial, sous 2 à 3 mètres de neige, est un itinéraire qui longe en surplomb, à flanc de montagne, la rivière Kerrick Creek.

Au dessus de Kerrick river
Crocodile en équilibre

On se retrouve à marcher en dévers sur une neige trop souple, au risque de dévaler la pente. Sortie du piolet obligatoire. Nous allons passer deux heures à progresser difficilement sur des portions « casse gueule ». Enfin arrivés en fond de vallée, les jambes tétanisées, le repos est fugace. Car il reste à traverser la rivière. Je remonte jusqu’à un log (arbre couché en travers) et suis récompensé par la rencontre avec un magnifique cerf. Il arbore fièrement son trophée et traverse facilement la rivière sans trop me calculer.

Easy
Jeune cerf

Ensuite, nous allons remonter très fortement plusieurs lacets sur un chemin rocailleux pour basculer dans Stubblefield Valley.

Sans être réellement fatigué, mais ayant vécu quelques émotions fortes, j’ai envie de poser la tente sur un superbe emplacement ensoleillé et de profiter de cette fin d’après-midi. Sans trop se faire prier, mes comparses acquiescent. 15 petits miles dans de la neige de m…. ça use. Après tout, nous ne sommes qu’à un jour et demi de Sonora Pass.

Camouflage

Dans cette quête de l’inutile, il y a une surenchère à éviter. J’aime marcher, avancer, bouffer des miles. Mais une telle aventure prend tout son sens autant dans la progression que dans les temps de repos et de contemplation. Il y a un rapport au temps qui n’est plus le même que dans le quotidien de nos vies de labeur. Il m’arrive de moins en moins d’être dans un esprit de « compétition » contre moi-même. De penser que ralentir ou s’arrêter est une faiblesse. L’alternance des pauses et des temps de progression, le rythme des journées et l’envie de « vivre dans l’instant » font toute l’harmonie de cette aventure. Un peu comme les silences de Mozart.

Repos
Contemplation

J 57 – 26 juin. Mile 967

Ce matin, ça parle de l’ours. Forcément, après cette rencontre fortuite. Et puis le campement est truffé de Bear boxes rappelant leur présence dans le secteur. Hormis cela, la nuit à été très agréable, du fait des températures douces qui règnent à cette altitude.

Derrière les pins, la cascade

Au programme de cette journée « tranquille », le retour de la neige, beaucoup de traversées de rivières et le Benson Pass.

Encore une belle prairie parcourue dans la matinée. Ces vastes étendues vertes, entourées de sommets, reposent le corps et l’esprit. A condition toutefois de ne pas y planter la tente, au risque de devenir une proie de prédilection pour les moustiques.

Prairie de Cold Canyon

Après une double traversée de rivière, le chemin va s’élever progressivement, dans un paysage … enneigé, contourner quelques lacs gelés et atteindre le col de Benson Pass.

En montant vers Benson Pass
Lac gelé
Neige trop souple

Sur tout ce parcours, nous ne croisons aucun PCT hiker. Depuis le début de la Sierra, nous sommes surpris du faible nombre de hikers arpentant le PCT. Il faut se faire une raison, certains sont partis plus au Nord, évitant ainsi les conditions de neige, et reviendront (peut-être) en août. Les autres ont tout simplement fait une croix sur l’aventure complète. Cela nous donne le sentiment d’être isolés de la bulle (le peloton des hikers), si elle existe encore.

La montée vers Benson Pass n’est techniquement vraiment pas compliquée. Mais la neige de piètre qualité (souple) du fait de la fonte, ralentit considérablement la marche. C’est encore pire en descente.

Ça fond

C’est pourquoi, au terme d’une journée de 19 miles (sans ours, sans cerf et sans baignade), nous décidons de stopper. Dans un replat dégagé après Benson Pass, avec un point de vue sur la vallée.

Nous profitons des derniers rayons du soleil, qui disparaît derrière le Matterhorn, pour dîner. Puis nous nous refugions dans nos « appartements » pour échapper au vent glacial qui s’est levé.

Derniers rayons de soleil

Il reste encore 2 jours et demi jusqu’à Sonora Pass, fin de la Sierra. J’aurai alors traversé, du sud au nord, cette chaîne de montagne splendide sur près de 315 miles (plus de 500 kilomètres). Rien d’exceptionnel, mais quand même la satisfaction d’avoir réalisé cette traversée dans des conditions très difficiles. Et d’être allé puiser en moi les ressources nécessaires pour cela. Je ne sais pas si j’ai l’étoffe d’un aventurier mais j’ai la passion et la détermination. Ça pourra peut-être suffire pour aller au bout.

Sun Cup Boulevard

J 56 – 25 juin. Glen Aulin (mile 948)

Un peu comme une allégorie de la vie; des jours avec et des jours sans. Hier, j’ai traîné mes guêtres sur un chemin sans saveur. Aujourd’hui j’ai vécu une magnifique étape. Et j’ai vu l’ours qui a vu l’homme.

Ça a commencé par un lever de soleil prometteur qui m’a fait oublier la nuit glaciale.

Lever de soleil

Le col du jour est le Donohue Pass. A 11000 pieds, il est bien sûr recouvert de neige, tout comme le chemin d’approche. Cependant, il est facilement accessible et ne présente aucune difficulté technique.

A son sommet, on bascule dans le parc national Yosemite. C’est la première fois que j’aperçois, depuis un col, une vallée totalement épargnée par la neige. Que du vert ! Des sapins, des prairies et une rivière qui serpente au milieu de cet écrin de verdure.

Verte vallée
Et au milieu coule une rivière

Nous tenons un bon rythme dans la descente du Donohue. Les traversées de torrents sont facilement réalisées. Comme si nous étions pressés d’en finir avec la neige.

Heureux comme un hiker sans neige

Dans une dernière courbe, le chemin arrive sur un plateau dégagé qui domine la vallée. La vue est superbe. La Lyell river, aux reflets émeraude, serpente dans une immense prairie. Nous allons la suivre sur près de 15 miles. Le chemin est souple, il se fraie un passage parmi les tourbières et parfois se transforme en étang qu’il faut contourner sans se mouiller les pieds.

Lyell river
Au cours paisible
Aux tons émeraude

De temps à autre, la rivière accélère son cours et se transforme en torrent avant de se reposer à nouveau. Après la pause déjeuner, je laisse partir Psycho et Crocodile, toujours un peu pressés (pourquoi ?), et ne résiste pas à piquer une tête dans la rivière. Ok, l’eau est froide, mais quelle sensation de liberté dans ce décor naturel !

Je vais profiter ainsi de quelques miles en solitaire à une allure tranquille. Le parc Yosemite offre un décor de choix pour un amoureux de la nature. Au détour d’un bosquet je tombe sur Bambi et sa mère. Un peu effrayé, il ne sait que faire. Il est vite rassuré par sa mère qui n’en est pas à son premier hiker. Ils s’éloignent à peine du chemin sans vraiment me craindre.

Bambi
Et sa mère

J’arrive à un double pont au dessus de la Lyell river.

Pont sur la Lyell
Paysage typique du Yosemite Park

Puis continue sur le PCT en laissant à ma droite le chemin qui mène à Tuolumne Meadows. Je passe devant la cabane des Rangers, m’engage sur une route forestière qui traverse une petite prairie et … je le vois. Un jeune ours noir se déplaçant tranquillement, le museau dans l’herbe, en quête de nourriture. Je me mets à parler doucement (de n’importe quoi) et continue à marcher en l’observant du coin de l’oeil. Il tourne la tête vers moi, m’observe rapidement et repique la tête dans l’herbe. C’est gagné, j’ai droit à un gentil mépris de sa part. Il m’a jugé innofensif, ni proie, ni prédateur. J’en profite pour le prendre en photo tout en avançant sur le chemin. Non sans regarder de temps à autre derrière moi, au cas où il aurait changé d’avis.

Mr Bear
En quête de nourriture

Teddy Bear et Bambi le même jour. Full day. Pour l’anecdote, j’ai failli écraser un petit serpent noir qui a traversé le chemin peu après ma rencontre avec Mr Bear.

La suite se déroule dans la lumière de cette fin d’après-midi. Qui met en valeur les paysages du Yosemite park. Et qui crée un superbe arc-en-ciel autour des chutes d’eau de Tuolumne Falls.

Tuolomne Falls
Et son arc en ciel

Je retrouve mes comparses au terme de l’étape : le camp de Glen Aulin. Dans un espace sablonneux à quelques mètres de White Cascade, c’est un super endroit pour passer la nuit.

Glen Aulin

Ce soir, c’est l’enthousiasme qui règne. La neige nous avait caché l’harmonie des paysages de la Sierra. Nous sommes entrés dans une nouvelle dimension, avec une montagne résolument estivale et une faune sauvage qui se dévoile. Pour l’anecdote,  nous avons aussi passé les 1500 kilomètres.

Faune du Yosemite
Prairie du Yosemite
Paysage granitique du Yosemite

J 55 – 24 juin. Mile 926

Jambes de coton, sac trop lourd, manque de sommeil… J’ai déjà remarqué que les journées de reprise (après un zero day) sont difficiles à gérer. Comme s’il fallait « remettre en tension » le corps et l’esprit. Ce 24 juin ne sera pas la journée la plus exaltante de cette aventure. Mais elle y a sa place, comme les autres.

Départ tardif de l’hôtel, car on a laissé dormir Psycho jusqu’à 8h00. Ça m’a permis de passer plus de temps au petit-déjeuner et de prendre des nouvelles du pays.Rejoindre le trailhead est une vraie galère, avec toutes ces routes fermées. Un type nous embarque jusqu’au domaine skiable – les pistes sont ouvertes- et nous ferons le reste à pied sur une route déserte.

Le symbole de la ville
Encore quelques pistes de ski ouvertes

Quand nous rejoignons le PCT, il y a toujours cette satisfaction de retrouver ce sentier familier et de continuer l’aventure.

Une partie peu enneigée

Les premiers miles sont sur un terrain peu enneigé. Mais ça ne dure pas longtemps. Cette partie de la Sierra à connu des chutes de neige historiques cette année. Il en résulte, avec la fonte de ces dernières semaines, un terrain parsemé de « Sun caps » profondes. Des petits trous d’obus qui rendent la marche pénible et approximative.

Difficile de marcher sur des « sun cups »

Au gré de pauses régulières (ce n’est pas la grande forme), nous atteignons le col du jour « Island Pass », relativement discret et accessible. Puis nous descendons vers les rivières alimentant le Waugh Lake.

Comme pour illustrer cette journée « neutre », les deux torrents sont franchis sans aucune difficulté. Le premier grâce à un solide pont de neige, le second sur un tronc en travers.

Finalement, le seul enjeu sera de trouver dans cette partie boisée et très enneigée, un espace dégagé pour installer le campement. Chose faite après plusieurs minutes de recherche, avec pour chacun des 3 fantastiques, un terrain plat et sec.

Le seul fait marquant de la journée aura été de voir, à 10 mètres devant nous, un arbre tomber. Un craquement énorme,en guise d’avertissement, suivi d’une chute spectaculaire d’un arbre immense ayant vécu sa belle et rude vie montagnarde. Quelques éclats, beaucoup de poussière et un enseignement: le danger est partout. Désormais, quand je choisis un emplacement pour une pause ou pour la nuit, je m’assure de la santé des conifères qui m’entourent.

« On reste dieu merci, à la merci d’un conifère » (La superbe. B.Biolay)

J 53/54 – 22 et 23 juin. Mammoth Lakes (+ repos)

Une petite journée de marche pour sortir du PCT au mile 904 et rejoindre Mammoth Lakes par le Horseshoe trail, le Mammoth Pass et la route. Aucune navette ou bus pour descendre vers cette station de montagne car toutes les routes sont encore fermées à la circulation.

Route non encore déneigée

Les années « sèches », les hikers sortent du PCT par la route de Reds Meadows et peuvent utiliser les bus navettes qui descendent vers la ville.

Après ce deuxième tiers de la Sierra Nevada, nous sommes à court de nourriture et les organismes sont un peu éprouvés.

Pour les quelques miles jusqu’à la jonction du Horseshoe trail, nous avançons facilement sur un sentier d’abord très sec puis dans la neige gelée du matin. Et évitons autant que possible de mettre les pieds dans l’eau pour traverser les nombreux cours d’eau.

Parfois, on voit le sentier

Les seuls autres hikers que nous rencontrons sont 3 coréens , 2 filles et 1 garçon. Ce dernier va d’ailleurs tomber dans un torrent devant nous en glissant sur un tronc mouillé. Heureusement sans gravité.

Jonction

Le Horseshoe trail nous mène au Mammoth Pass, peu élevé et arboré , mais recouvert de neige. Puis vers un lac (enfin) non gelé.

Lac Horseshoe

Nous parcourons la route sur toute la partie fermée à la circulation. Puis après une barrière de dégel, tombons sur un flux de véhicules (c’est samedi) de promeneurs et randonneurs venus passer le week-end. Alors que nous marchons avec les 3 coréens, un type nous propose de nous prendre dans son pick-up pour nous descendre vers la ville. Thank youuuuuu !

Tous dans le pick-up !
Encore une belle épaisseur de neige

Il nous depose (trop sympa Mike) devant la brewery (brasserie) de Mammoth Lakes. On ne résiste pas à goûter à la bière locale avant de se trouver un hôtel.

Brasserie
A consommer avec… soif

En ce week-end ensoleillé, il y a peu de chambres disponibles. Nous finissons par trouver une chambre pour trois au Motel 6. Pas terrible mais ça dépanne. Et reprenons des forces au restaurant d’en face (énormes salades et pizzas).

Petite entrée

La suite est classique d’une journée de repos. Laverie, supermarché, blog, sieste, bouffe et même Coupe du Monde de Football (France – Brésil). Allez les filles ! Ça nous promet un France-USA qui sera très suivi ici.

Ce dimanche matin, après un méga breakfast, nous allons encourager les coureurs du semi-marathon. L’ambiance est super, à l’américaine, avec un public en nombre et des bénévoles très investis.

Bénévoles côté coulisse

Je prends quelques photos d’enseignes typiques et de voitures vintage et me promène dans cette ville plutôt agréable. Avant d’aller me « mettre au travail », en relatant les 8 derniers jours dans ce blog.

De fait, c’est plutôt un plaisir. Je suis touché par les mots d’encouragement, les commentaires positifs et les marques d’affection que je reçois de nombreux lecteurs. Désolé si parfois, loin de tout, le wifi manque pour relater cette aventure. Et MERCI pour lui donner, à travers votre soutien, du relief et de l’énergie.

A bientôt !

J 52 – 21 juin. Mile 894

Aujourd’hui c’est l’été. Le jour le plus long. La fête de la musique. Autant de repères nécessaires tant je me sens hors du temps.

En fait, c’est un rare matin où je peux me lever tard. Car le ferry qui nous amène de l’autre côté du lac ne part qu’à 9h30. Ce qui laisse assea de temps ppur prendre un petit déjeuner et compléter son ravitaillement pour 2 jours.L’embarquement sur le ferry est folklo, avec un capitaine un peu déjanté. 30 minutes de traversée pour un petit groupe de hikers et de pêcheurs de truites.

Captain
A l’avant du pont

Puis un court sentier (avec quelques rivières à traverser) qui rejoint le PCT.

Thanks the log
Chute d’eau
A photographier
A traverser

A nouveau, il faudra traverser des torrents sur des troncs d’arbre en travers. Avant d’entamer la montée vers Silver Pass, un col plutôt facile, dès lors qu’on sait qu’il se présente en 2 fois. En effet, il y a d’abord un premier col, puis arrivé là haut, on découvre une nouvelle pente qui nous amène encore plus haut.

Dans cette partie de la Sierra, l’altitude est moyenne (entre 2500 et 3000 m) mais tout est entièrement recouvert de neige. Il est donc difficile d’imaginer que l’on puosse vivre un « trail magic » au sommet d’un Pass. Pourtant, arrivé le premier au col, je tombe sur un type qui me propose une bière fraiche et des chips. Yeah…..

Marc « UpHill » est un jeune retraité qui a fait le PCT l’an dernier. En vacances dans le coin, il a décidé de faire de courtes randonnées et d’offrir un peu de réconfort aux PCT hikers.  » Je sais combien cette partie est difficile, moi-même je révais d’une bière au sommet des Pass » dit-il. S’ensuit une pause repas et une discussion avec UpHill. Il nous dit qu’on est très peu de hikers à avoir tenté la traversée de la Sierra. Il a eu des conditions totalement différentes l’an dernier (2018 année très sèche).

Psycho, Crocodile et UpHill

On quitte ce « trail angel » presque à regret pour descendre dans la vallée suivante. C’est l’occasion d’améliorer sa technique de glissading.

On démarre là-haut
et on essaye
d’arriver entier en bas

Encore deux beaux lacs (Lake Virginia et Purple Lake) pris par les glaces. Puis, un peu à court d’énergie (entamée par le terrain de neige souple), nous remontons vite en altitude par une succession de lacets.

Arrivés à notre objectif du jour (jonction avec le Rim trail) nous trouvons l’unique lieu de campement non enneigé. Ce soir, 21 juin oblige, nous optons pour un feu de camp. C’est l’occasion idéale pour sécher les chaussures, griller les marshmallows et discuter de tout et de rien jusqu’à 22h.

Feu de camp
Marshmallows grillés

3 mecs solitaires venus d’Australie, des Pays Bas et de France. Faisant cause commune pour affronter la Sierra. Et s’ouvrant un peu sur ce qui les pousse à s’engager dans ce genre d’aventure. On est dans un scénario à la « Jeremiah Johnson » ou « Into the Wild » avec des dialogues réduits à l’essentiel.

Extinction du feu

J 50/51 – 19 et 20 juin. Mile 875 et Vermilion Valley Resort

Pour arriver à VVR (Vermilion Valley Resort), il faut sortir du PCT et suivre le sentier « Bear Ridge Trail » sur 6.5 miles (non comptabilisés car off PCT). En ce 50ème jour d’aventure, j’ai vécu une magnifique étape.

Le sentier traverse des prairies, des sous-bois, des canyons, des torrents, des plateaux et un col enneigés. Tout y est. Même les ponts pittoresques.

Viggo on the bridge

Le col du jour est de loin le plus facile à franchir. Le Selden Pass ne culmine qu’à 11000 pieds. Son approche est très belle, entre deux lacs gelés aux contours azur. Puis la montée directe sur la pente enneigée et à travers les rochers. Au sommet, c’est une vue à 360 degrés.

Montée vers Selden Pass
Un col facile d’accès
Et peu encombré par ma neige

La descente doit nous amener, après 3 miles dans la neige souple, à traverser 2 fois le torrent « Bear Creek » considéré comme l’un des plus dangereux du PCT. En ce début d’après-midi, il est gonflé par la fonte des neiges, et nous avons constaté que toute tentative de traversée ressemblerait à une opération suicide.

Descente dans la neige souple

En bonne entente dans le trio formé au début de la Sierra (Psycho, Crocodile, Viggo), nous optons pour une tangente au GPS qui nous permet de traverser deux autres rivières au débit plus faible (En théorie). Mais ça s’est avéré plus compliqué que prévu. Il a fallu remonter de 2 miles sur un terrain accidenté pour franchir, les jambes dans l’eau glacée, la première rivière à un endroit où elle se repose. Puis descendre dans une forte pente enneigée pour rejoindre l’autre torrent beaucoup moins docile. En suivant son cours sur 1,5 mile, nous avons eu la chance de trouver un arbre mort en travers. Ce qui facilite grandement les choses.

A traverser à pied
Ou sur un arbre
C’est toujours flippant

C’est un surplus de fatigue mais aussi un grand soulagement. En fait, j’aime ce type de défi qui nous amène à construire notre propre chemin, selon nos choix. Sir Edmund Hillary disait « Where there is à will, there is à way » ( Là où il y a une volonté, il y a un chemin ). Et nous avons tous nos Everest à atteindre.

En redescendant dans les névés le long de cette rivière, nous avons pu retrouver le PCT pour le suivre longuement en cette fin d’après-midi ensoleillée. Et franchir à nouveau d’autres cours d’eau plus ou moins périlleux (une douzaine) mais franchement glacés. Parfois, les pieds sont tellement transis de froid qu’il faut s’arrêter et trouver un moyen de les réchauffer. J’opte pour la technique des gants. Inutile de changer de chaussettes, il en faudrait des dizaines de paires.

Pieds gantés

La descente sur VVR est sur un sentier très calme, qui serpente parmi les pins, les groseilliers et quelques fleurs locales.

Chemin tranquille
Snow plant Sarcodes

Après 6 miles, il débouche sur une route forestière. En la suivant on atteint ce drôle d’endroit qu’est VVR.Un petit bout du monde au bord d’un lac d’altitude. Qui accueille pendant la saison d’été des pêcheurs de truite et des randonneurs. Et sans doute quelques baigneurs au vu des grandes plages qui le bordent.

Lac Edison
Vue depuis VVR

Un bâtiment tout en bois fait office de restaurant et de general store. Quelques chalets aménagés accueillent les estivants. Les PCT hikers sont autorisés à camper gratuitement sur le terrain attenant au restaurant. Douches, sanitaires, eau potable, station de recharge… Mais (drame) pas de wifi et un hypothétique accès au réseau téléphonique digne des premières heures de la téléphonie mobile.

Entrée du bâtiment
Y’a encore du chemin
Hiker boxes

Quoiqu’il en soit, cet endroit permet, après 6 jours dans la neige, de recharger les batteries de tous. Cuisine généreuse, boissons fraiches et installations confortables.

Bâtiment principal
Véhicule du proprio

Nous allons y passer l’après-midi et la soirée (j’ai même la chance de pouvoir passer un coup de téléphone 💕). Avant de repartir le matin vers le PCT via le ferry (un petit bateau aménagé) qui traverse le lac.

Ferry du lac Edison

Il n’y a que deux jours à peine pour atteindre Mammoth Lakes, station où nous comptons faire un zéro. On pourrait aller plus vite, mais le parcours est encore plus enneigé que ce que nous avons déjà traversé. Et surtout, la route de Reds Meadows est encore fermée à la circulation. Nous opterons donc pour une variante plus longue passant par un col, pour atteindre une autre route qui mène vers Mammoth Lakes (avec peut-être une chance d’être pris en autostop.

Ce soir, on partage quelques bières avec les pêcheurs au coin du feu. Il n’y a que 9 hikers à VVR (décidément la « bulle » à skippé la Sierra). Toutes les conditions sont réunies pour passer une bonne nuit et repartir à l’assaut des cîmes.

Campement gratuit

J 49 – 18 juin. Mile 853

Finalement, après m’être endormi sous l’orage, j’ai passé une très bonne nuit sous mon abri de fortune. Ce matin, le ciel est clair et annonce une belle journée. Les deux difficultés de cette étape sont le franchissement de Muir Pass et la traversée de la rivière Evolution Creek, gonflée par la fonte des glaces.

Approche de Muir Pass

De notre point de départ, la montée vers Muir Pass fait presque 5 miles. Muir Pass culmine à près de 12000 pieds (3660 m). Le parcours full snow est long mais sans difficulté technique. Probablement un des cols les plus faciles de la Sierra. A son sommet un abri de granit (Muir shelter) à été construit en 1931.

Montée vers Muir Pass
Et son abri

Je savoure seul le silence des cîmes, prend des photos et remplis le registre du refuge (au passage, je note que 8 personnes y ont passé la nuit, surpris par l’orage d’hier). Psycho et Crocodile me rejoignent, essoufflés par la dernière montée. Nous passons encore un peu de temps et entamons la très longue descente qui nous mènera à moins de 8000 pieds (2400 m).

Intérieur de John Muir shelter
Plaque commémorative
2,50 m d’épaisseur de neige au sommet

En fait, c’est d’abord un immense plateau qu’il faudra traverser. Sur 3 miles, pas vraiment la sensation de descendre. La neige commence à ramollir et la marche dans ce désert immaculé en devient pénible. Nous contournons six lacs, dont l’immense Wanda Lake, tous pris par les glaces. Puis, nous traversons facilement un torrent en formation (Evolution Creek qu’il faudra retraverser plus tard dans la vallée). Et nous nous posons sur un gros rocher pour faire la classique pause déjeuner / séchage des vêtements.

Wanda Lake
Sous la glace

Tout au long de la descente qui suivra (tout l’après-midi), le chemin longe Evolution Creek. Ce qui permet de voir grandir le torrent, devenu impressionnant par certains endroits.

Evolution creek

Quel plaisir de retrouver une altitude où l’on peut enfin voir le chemin, la végétation et des animaux (nombreux cerfs). Je me lasserais presque de la neige.

Arrive enfin la grosse difficulté du jour: traverser la rivière Evolution Creek. Le petit torrent franchi quelques heures plus tôt est devenu rivière. Nous nous sommes repris à plusieurs fois pour trouver un endroit approprié. Le courant est fort, l’eau glacée arrive au niveau du torse. Le sac à dos est en partie immergé (tout mon matériel est dans des sacs étanches). Crocodile ouvre le ban, il s’applique dans cette traversée risquée et trouve la parfaite diagonale pour lutter contre le courant. Bravo à lui pour nous avoir montré le chemin. Une fois l’autre rive atteinte, on se précipite sur un endroit dégagé au soleil, pour se déshabiller et faire sécher les vêtements et les corps. Une heure à lézarder au soleil et reprendre souffle.

Le chemin continue à descendre dans le Kings Canyon. Il se confond depuis plusieurs jours avec le JMT (John Muir Trail), probablement le sentier de randonnée le plus connu aux USA. Il faut dire que le parcours est splendide et qu’il revêt tous les aspects que recherchent les amoureux de la montagne.

Kings Canyon
Enfin de la verdure
Enfin un pont

Après un pont de bois au dessus d’un autre torrent bien gonflé (South fork San Joaquin river), le chemin traverse des sous-bois propices à de beaux campements. On choisit de s’y arrêter pour passer la nuit. Repas pris en commun, on parle de ce qu’on mangera à VVR (dans 2 jours) et à Mammoth Lakes (2 jours plus tard) qui sont nos prochains lieux de ravitaillement. Niveau bouffe, le hiker a le fantasme facile.

Petit Sequoia deviendra grand

J 48 – 17 juin. Mile 834

L’orage menaçait dès 15 heures. Nous avons continué à marcher dans le Conte Canyon, en direction de Muir Pass, pour rajouter quelques miles au compteur. Mais à 17h30, après quelques coups de tonnerre et une succession d’éclairs impressionnants, nous sommes descendus rapidement près de la rivière pour trouver un terrain et monter nos tentes.

Le temps tourne à l’orage

En quelques secondes, une averse de grêle nous a surpris. Le déluge. J’ai la chance d’avoir une tente mono-paroi. Passée la galère pour la monter sous l’averse, j’ai pu me mettre à l’abri et au sec. Mais Psycho et Crocodile ont été obligés de rentrer dans leur habitacle humide, ayant dû monter leur tente intérieure en premier. Il est 19h30, la pluie ne cesse de s’abattre sur la Sierra. Je me suis glissé au fond du sac de couchage avec des vêtements secs, après un repas frugal et j’écoute le bruit des gouttes sur les parois de ma « maison ». Quelle journée !

Elle a commencé à 6h00, à 11000 pieds d’altitude. La nuit a été agitée car nous avons subi 3 heures de bourrasques qui ont bien secoué les tentes. Vers minuit, le vent s’est calmé et je suis sorti refixer la tente. Dehors, sous la pleine lune, le paysage était mystérieux et grandiose. J’ai pu enfin m’endormir dans ce décor apaisant.

Minuit à 3300 m

Il n’y a que 2 miles pour escalader le Mather Pass. Escalader est le bon terme. Entièrement recouvert de neige, exit le chemin initial. La montée se fait au pied du col, droit sur la pente verglacée puis dans les éboulis. Piolet obligatoire. La neige, par certains endroits, est friable et il faut refaire les traces. A 8h30, nous accédons au col, heureux et soulagés.

A l’approche de Mather Pass
Mather Pass
Montée périlleuse
Je joue les équilibristes
Passage des éboulis

Passé ces instants d’émotions fortes, il va falloir s’employer pour descendre de 4000 pieds dans cette nouvelle vallée, puis remonter de 4000 pieds vers Muir Pass, le prochain col à passer demain matin.

Vue depuis le Pass
Content d’y être

Comme d’habitude, c’est dans un paysage totalement enneigé que nous descendons. De grands lacs (Palisade Lakes) jalonnent le parcours. Tous pris par la glace. On imagine le tableau pittoresque que ce doit être au coeur de l’été.

Palisade Canyon
Palisade Lakes
Palisade Creek

C’est aussi la vallée des marmottes. Peu intimidées par les hikers qui viennent arpenter leur territoire.

Marmotte

Vers 9500 pieds, on redécouvre le PCT, vierge de toute neige. Mais en de nombreux endroit, le chemin s’est transformé en torrent, tant l’eau est présente. Je ne compte plus les traversées. Mes pieds seront trempés toute la journée.

Mais où est passée la neige ?

Le volume d’eau de Palisade Creek est impressionnant. Tout comme la plupart des torrents en cette période de fonte. Inutile de se risquer à les traverser sur des ponts de neige, devenus très fragiles.

Crocodile devant Palisade Creek
Ponts de neige hors service

Une biche vient nous tenir compagnie à l’heure de la pause déjeuner. Sous quelques gouttes de pluie, nous pressons le pas pour nous retrouver à moins de 5 miles du prochain col. C’est là que nous sommes surpris par l’orage.

Presque dommage tant les sensations étaient bonnes. Mais cette édition 2019 du PCT ne nous épargne décidément aucun caprice météo. Seulement 19 miles de parcourus aujourd’hui, dans des conditions compliquées. Il reste 45 miles pour rejoindre VVR (Vermilion Valley Resort) et goûter un peu le réconfort d’un bon repas et d’un signal téléphonique. En attendant, la pluie m’accompagnera dans mon premier sommeil. (Celui où tu tiens le premier rôle).

A pas de fourmis on peut traverser le monde