J 6 – 6 mai Warner Springs (mile 109,5)

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Courte journée pour passer un après-midi de repos au Community center. Voire un peu plus.

Ce matin, je suis plutôt satisfait d’avoir trouvé un emplacement protégé tant la nuit a été venteuse. Des rafales régulières ont secoué la végétation. La tente a un peu tremblé sans toutefois m’empêcher de dormir. Au réveil, les nuages sont bas et il fait froid.

Je passe une pommade anti-inflamatoire sur la zone douloureuse du tibia gauche et j’essaie de compresser avec une chaussette. Il me faudrait une poche de glace. Je pressens un début de periostite. Je connais la musique, il va falloir ralentir, poser le pied à plat, utiliser l’appui des bâtons, mettre du froid dès que possible et strapper. Sans oublier de carburer à l’ibuprofène. Bref, arrêter de faire le con. Et rebaptiser le site « 24 miles a week »😉

Tente pliée, petit-déjeuner frugal et en route. Il est 6h30, je n’ai que 14 miles (22 km) à faire aujourd’hui.

Je marche avec la doudoune dans un silence incroyable, comme si le vent de cette nuit avait balayé toute forme de vie. Je passe devant une petite grotte idéale pour abriter un hiker.

Hôtel 1 seule chambre disponible

Un peu plus loin, je retrouve Psycho en train de plier sa tente (« Fucking wind »), je lui dis qu’il me rattrapera facilement du fait de ma cadence d’éclopé.

C’est chose faite au Mile 100. Un passage symbolique marqué par quelques pierres sur le sol. On se photographie mutuellement pour immortaliser le moment. Non sans penser qu’il reste encore … 2500 miles. Une paille !

100 miles

Un mile plus loin, c’est (enfin) mon premier « trail magic ». Près d’un point d’eau et d’un grand campsite, un couple de retraités, a installé quelques chaises et une table pleine de victuailles. Uniquement et gratuitement à destination des hikers. Un big « welcome, you guys are heroes ! ». Devant tant de générosité je suis ému et reconnaissant. Deux autres hikers sont dejà en train de prendre un vrai petit-déjeuner. Ron et Celeste (nos hôtes) sont aux petits soins. Il est véteran de l’US army, père d’un fils qui a réalisé le PCT en 2017 et est réellement admiratif des thru-hikers. « Dans ce pays où les voitures ont remplacé les jambes, vous nous ramenez à notre condition ».

Premier « trail magic »
Avec Celeste et Ron

J’engouffre, confortablement assis, 2 paquets de chips, 2 oeufs durs, 3 pains au lait, 1 orange et 2 sodas. « Come on » m’encourage Celeste, à chaque fois que j’hésite à me resservir. So …

La conversation tourne autour de l’Australie (leur prochain voyage) et de Paris. Ils ont sincèrent été choqués par l’incendie de Notre-Dame. (C’est d’ailleurs un sujet récurrent ici, cette cathédrale fait partie intégrante de l’imaginaire collectif). 30 minutes de pause absolue et je repars.

Après avoir traversé une petite route, le paysage change radicalement, on entre dans de vastes étendues de prairies parsemées ici et là d’amas de rochers granitiques et de chênaies. C’est archi reposant. Je ne sais si c’est l’ibuprofène ou l’orgie du trail magic, mais je galope (« fais pas le con »).

La prochaine halte est …
… au bout de la prairie

Un autre symbole du PCT se profile à l’horizon: Eagle rock. Une formation rocheuse, au milieu d’une immense prairie, ressemblant à un aigle aux ailes déployées. Photos de rigueur pour « Psycho » et « Blogger » (comme il m’appelle).

Eagle Rock

Puis derniers miles en sous-bois, le long d’un ruisseau (enfin de l’eau) pour rejoindre le hameau de Warner Springs où un Community Center reçoit les PCT hikers.

Arrivés à 12h30, c’est le lieu idéal pour se remettre en selle. Un campsite, des toilettes, une pièce de repos avec 200 multiprises, un petit magasin et de quoi laver le hiker et ses vêtements. De ce côté là, ça reste rudimentaire, tout se fait à la main. On pratique la « bucket shower » mais avec un seau d’eau chaude. Il y a aussi un van aistream qui sert de magasin d’articles ultra-light. Enfin, chaque soir, l’école communale propose un repas de cheeseburgers aux hikers. Bref que du bonheur.

Je vais ainsi passer l’après-midi à faire la lessive, me laver, poser de la glace sur mon tibia, bloguer un peu, dormir pas mal, discuter énormément et quasiment toujours une canette à la main.

Ice on shin split

Toute notre class May 1st est là: Mavis, Psycho, Rosi et quelques autres. Mais il y a aussi près de 40 hikers partis à d’autres dates (certains le 25 avril). Le campsite ressemble à un camping de la côte landaise au mois d’août.

Campsite du Community Center

La journée file tranquillement, sous un ciel très bas, jusqu’à l’extinction des feux. A 20 h, on entend la guitare, « Marie-Jeanne » parfume un peu l’air, les chevaux galopent dans le champ d’en face, les écureuils sont à l’affût de nos miettes, les premiers ronflements les font fuir, je m’endors doucement le pied dans ma poche de glace.

Squirrel

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