J 42 – 11 juin. Mile 788

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13 petits miles. Mais une journée mémorable dont le point d’orgue a été le Forester Pass (4023 m).

Nous partons à 6 heures du matin pour nous assurer des meilleures conditions de neige. Il fait déjà très beau, mais pas assez pour retirer la doudoune et les gants. La progression sur un immense plateau montant est agréable. Je scrute en face la barre rocheuse qui semble infranchissable si ce n’est cette minuscule ouverture au dessus d’un corridor de neige.

Vu d’en bas, le Forester Pass ne parait pas grand chose. Mais on entend tellement d’histoires sur ce lieu (des personnes restées bloquées par la trouille, des coulées de neige, des chutes de rochers…) que l’on aborde la montée abrupte avec un minimum de stress.

En face c’est …
… Forester Pass (vu d’en bas)

Considérant, ma petite expérience pyrénéiste, Crocodile et Psycho m’ont demandé de passer le premier. Piolet en main, j’attaque le flanc verglacé de la montagne, en veillant bien à mettre mes pas dans des traces déjà faites. Il y a exactement 14 lacets avant d’atteindre le fameux passage du corridor. Le tout ne prend pas plus de 50 minutes. Mais c’est vertige assuré. Je pense que si le chemin n’était pas enneigé et verglacé, le franchissement serait moins impressionnant.

Toujours est-il qu’en mesurant chaque geste et en assurant chaque prise, j’ai pris un plaisir immense à vaincre la bête. Dans les derniers lacets après le corridor, il faut clairement renoncer à aller droit vers le col recouvert d’une corniche de glace qui s’avance d’1,50 mètre dans le vide. Mais plutôt franchir l’amas de rochers sur la gauche. Je me poste à cet endroit et j’encourage mes camarades tout en les prenant en photos.

Tous arrivés au sommet, la satisfaction est aussi grande que le soulagement. Passage mythique du PCT = photos classiques.

4023 m, ça vaut un sourire
Et celui de mes camarades

De l’autre côté, s’ouvre une immense vallée du Sequoia Park. Totalement enneigée elle aussi. On distingue ici et là quelques lacs glaciaires aux eaux turquoises.

Vue sur Sequoia park
Les crêtes
Les lacs gelés

Les traces des hikers qui nous ont précédé partent droit devant sur 1 Mile et bifurquent sur la droite avant de descendre en zigzag sur la droite. Mais, elles sont littéralement coupées par une coulée de neige qui vient de se produire. Avec le beau temps, les avalanches et les coulées de neige sont nombreuses. Impossible de passer par là. Trop dangereux. Un couple d’hikers américains nous rejoint et s’ensuit une discussion sur l’option à prendre. Finalement, nous suivons au GPS le tracé du PCT, et à l’approche de la zone des coulées, nous optons pour le glissading. 200 mètres de devers sur le cul, piolet en main en guise de frein. C’est la matinée des sensations fortes.

Glissading
Glissading bis

Nous allons ensuite descendre progressivement dans la vallée, parfois en glissading, mais trop souvent en postholing. Je me blesse légèrement en passant la jambe gauche entre deux rochers. Un trou béant de 2 mètres. Chacun y va de son gadin, tantôt amusant, tantôt effrayant.

À 11 heures, après avoir traversé une zone boisée détruite par une avalanche 3 jours plus tôt, nous prenons une longue pause repas + séchage des vêtements.

Avalanche
Les dégâts
Pause repas

Nous discutons de la suite, car nous souhaitons sortir par Kearsarge Pass, pour nous ravitailler et prendre une journée de repos après ces 5 premiers jours de Sierra. Hors, avec les conditions de neige molle et même si nous avons la chance de trouver une voiture susceptible de nous prendre, nous ne serions à Bishop ou Independence que tard dans la journée.

Psycho et Crocodile sont assez éprouvés. J’ai cassé mes lunettes de soleil et je souffre beaucoup de la réverbération du soleil sur la neige. Bref, on opte pour écourter la journée et se trouver un campsite sympa pour se reposer. Demain, nous rejoindrons Kearsarge Pass dans la matinée sur une neige gelée, donc plus facile.

Au mile 788, on trouve l’emplacement idéal, un terrain plat et semi-ombragé, sans neige, près d’un petit lac et face au Mont Bago. La journée se termine à 16h00 sans scrupule.

Campement
Avec les tentes

J’ai du mal à garder les yeux ouverts et souffre de l’intensité de la lumière. Il faudra que j’achète de nouvelles lunettes de soleil à Bishop.Et bien sûr, la discussion tourne sur cette journée de pause qui se profile. Wifi, douche chaude, lit douillet, boissons fraiches et … bouffe. La vie quoi !

Garder le sourire

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