J 35 – 4 juin. Mile 676

Spread the love

Une étape difficile et magnifique. Comme hier, j’ai eu envie de marcher en solo, à mon rythme en profitant au maximum de cette journée offrant 70% de montées. Dans 2 ou 3 jours, la Sierra Nevada, exceptionnellement enneigée se négociera en évoluant en groupe (par sécurité).

Je pars le dernier de Walker Pass, il est 9h30. So Lazy Viggo ! Au passage, j’apprend (stèle) que le bien nommé « Col du Marcheur » est en fait un hommage rendu à un Joseph Walker qui découvrit ce col en 1834.

Walker Pass
Stèle Walker

Comme d’habitude, la journée commence par une ascension, mais celle-ci fait près de 10 miles. J’adore. J’ai le pas léger et l’esprit occupé par des pensées positives. Je suis en totale communion avec ce qui m’entoure. Je pense à l’avenir avec optimisme, imagine d’autres voyages à partager. Je chante et je prends des photos. Bref, l’imbécile heureux au pays des ours.

Premières barres granitiques
Au menu du matin

C’est une chance que de pouvoir mettre à l’épreuve le corps (et le mental) dans ces conditions et d’en sentir les effets bénéfiques. Certes, j’ai dû perdre beaucoup de poids depuis un mois, mais il y a aussi la répétition des efforts, les distances parcourues, le manque de confort, qui peu à peu me rendent plus endurant et plus fort. La machine à endorphine est lancée. No pain no gain, comme on dit ici.

Avancer, c’est l’essentiel

Une autre petite voix me dit aussi, pleine de sagesse, de ne pas m’emballer et de gérer cette aventure sur la durée. D’être à l’écoute de mon corps et de mes sensations.

Je fais donc régulièrement des pauses. Boire, manger des fruits secs, retirer les chaussures, s’allonger sur le dos … et tenter, en vain, de trouver un signal réseau pour le téléphone.

Aujourd’hui, il ne faut pas manquer les très rares sources pour se réapprovisionner en eau. Au mile 663, je remplis deux fois deux bouteilles que je vide aussitôt. La chaleur est suffocante, notamment sur les nombreux versants exposés au sud.

Unique source de l’après-midi
À volonté

J’ai doublé tout au long de la journée la dizaine de hikers partis ce matin. Beaucoup ont fait étape au mile 669, au lieudit Spanish Needle Creek.

Mon intention est d’aller jusqu’à un emplacement qui me mettra à moins d’une journée de Kennedy Meadows. Car 6 jours sans réseau, sans wifi, ça fait beaucoup. Sans douche et sans lessive aussi (qu’est-ce que je pue 😉!). Et il me reste à peine 1 jour de nourriture.

Après une nouvelle montée abrupte dans les rochers, le chemin se stabilise en crête et offre de beaux panoramas et des emplacements pour la nuit. Au mile 672, je retrouve Psycho en train s’installer sa tente. Bel endroit mais trop exposé au vent à mon goût. Je continue donc encore 4 miles pour trouver un endroit boisé, idéal, plat et cosy.

Chambre au calme

Dernier dîner froid avant Kennedy Meadows et la Sierra Nevada. Il me reste 26 miles pour y accéder. J’ai tant de choses à y faire: donner et prendre des nouvelles des proches, récupérer mes colis (matériel Sierra et nourriture ), prendre une douche, acheter de nouvelles chaussures, manger et boire beaucoup… Demain, je sors du maquis.

Parterre fleuri
Chardon

2 commentaires sur « J 35 – 4 juin. Mile 676 »

  • Ce journal de bord s’est tout naturellement et bien légitimement imposé parmi « mes favoris ». Comme une sorte d’exutoire, une bouffée d’oxygène, sa lecture régulière est devenue un réflexe. On se surprendrait presque à croire l’aventure accessible à tous, on s’imagine côtoyer un quotidien pourtant bien déroutant, et, bien imprudemment sans doute, on en viendrait même, à l’instar de l’agent consulaire US, à jalouser « Viggo » ;). Evidemment, le confort d’une douche, un lit douillet, un bon petit plat mijoté, des habits propres, …, sont de nature à dissiper rapidement cette jalousie inconvenante. Je comprends aussi que ce sont autant de vrais petits bonheurs pour un PCT hiker.
    Merci Stefan de nous faire ainsi partager avec autant de détails, de générosité et d’humour aussi une telle aventure. Alors oui, quand les pages du journal restent blanches plusieurs jours depuis Tehachapi, on trépignerait presque, on s’inquiéterait même, …, bien loin de penser que le réseau puisse être absent ou capricieux.
    Merci et bravo Stefan. Quelle précieuse audace ! Enjoy !

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.