J 107 – 15 août. Wahtum Lake (Mile 2131)

Depuis Government Camp, j’ai pris la première navette (6h10) pour remonter vers Timberline Lodge et le PCT.

Hall d’entrée
Salle de restaurant

Une fois n’est pas coutume, je vais commencer la journée par un buffet de petit déjeuner. Et pas n’importe lequel, puisque celui-là est entré dans la légende du PCT.

Il règne ce matin dans le hall de l’hôtel une ambiance chaleureuse et décalée. Alors que les clients « classiques » dorment encore, une poignée de thru-hikers affamés occupe les lieux. Certains ont campé dans les environs, d’autres comme moi ont trouvé de quoi se doucher et laver les vêtements. Tous n’ont qu’un objectif en tête: faire le plein d’énergie en honorant le fameux « all you can eat » breakfast.

Attention, thru-hikers à l’intérieur
« All in », le californien qui cuisine les cèpes.

A 7h30, les portes de la grande salle nous sont ouvertes. On peut imaginer facilement combien chacun aura apprécié ce breakfast sans mesure et sans modération. Un pur moment de plaisir et de réconfort.

Début du breakfast
Première assiette (Il y en aura 6)

Vers 8h30, lesté de quelques kilos de plus, je prends la direction du PCT. Je vais marcher une bonne partie de la matinée dans les nuages, entre le Mont Hood et la vallée. Une brume qui finira par se dissiper.

Vue depuis Timberline
Nuages du matin

D’abord à découvert, le PCT ne tarde pas à reprendre ses habitudes et à replonger dans la forêt. Parfois sur un chemin d’une souplesse déconcertante de facilité, parfois dans les pierriers et en bordure de falaise.

Je m’arrête souvent pour cueillir les myrtilles qui poussent à foison au bord du chemin. Ce sera d’ailleurs mon unique repas car l’organisme est encore trop occupé à digérer les excès du buffet.

Quelques photos du Mont Hood sous un autre profil. Il sera bientôt remplacé par les monts Adams et Rainier, autres seigneurs de la chaîne des Cascades, dont on devine la silhouette à l’horizon.

Mont Hood
Mont Hood
Au loin, le Mont Adams

En milieu d’après-midi, le vent se lève et le ciel se couvre de nuages. A l’abri sous la voûte des arbres, je presse le pas pour arriver au lac Wahtum. J’aurais volontiers emprunté le sentier alternatif depuis Indian Spring (célèbre pour son tunnel derrière des chutes d’eau), mais il est fermé au public.

Les nuages se forment
Une brume légère aussi

Au terme de 34 miles, je pose ma tente en bordure de lac, à l’abri du vent (entre les buissons). Il n’y a personne d’autre à cet emplacement. Un peu plus loin, un père et son fils (Yul 11 ans) dinent au bord du lac. Nous échangerons quelques mots, le temps de savoir qu’ils randonnent pour la première fois en duo pour une semaine. Cela me rappelle – avec un brin de nostalgie- les nombreuses randonnées (à pied ou à vélo) faites avec mes deux fils. Ces moments de partage et d’aventure sont si importants.

Lac Wahtum 1
Lac Wahtum 2

Je dîne aussi face au lac. Sous l’effet du vent, quelques vagues se forment et agitent la surface de l’eau. Des oiseaux virevoltent par dizaines, probablement en quête d’insectes. A ce propos, depuis 3 ou 4 jours, avec le temps qui se rafraîchit, les moustiques se font plus rares. Le pic saisonnier est passé. Et c’est tant mieux.

Tente dans les myrtilles

Je m’endors facilement en songeant à cette dernière étape dans l’Oregon qui va me mener jusqu’à la Columbia river et au célèbre « Bridge of the Gods ».

Vue sur le Washington

J 106 – 14 août. Timberline Lodge (puis Government Camp) Mile 2097

21 « petits » miles (ça fait quand même 34 km) avalés au pas de charge. Parti à 8h00, je suis arrivé à Timberline Lodge vers 14h00.

Outre l’envie de découvrir (enfin) ce célèbre établissement au pied du Mont Hood, j’avais peut-être pressenti que cela me permettrait de faire honneur au fameux buffet déjeuner « all you can eat ». Et bien sûr, le lendemain matin, de remettre ça avec le breakfast.

Reposé d’une bonne nuit de sommeil (ah les lacs !!), je lève le camp à 8h00, ce qui est tard pour un thru-hiker. Peu importe, l’étape du jour est relativement courte et je profite du cadre reposant des eaux du lac sous la brume.

Timothy Lake au petit matin

J’observe avec amusement la course vers l’avant de mes camarades hikers. A celui qui partira le plus tôt, fera le plus de miles, portera le sac le moins lourd… Il y a comme une compétition qui ne dit pas son nom. Et l’effet de groupe accélère ce processus. S’y soustraire (dormir seul, partir sans calquer son heure sur celle des autres, sortir parfois du tracé officiel) est pour moi, une nécessité. Gage de liberté et d’équilibre dans une aventure où, par nature, je pourrais facilement me prendre au jeu de la performance.

Bien que s’approchant à grands pas du Mont Hood, celui-ci ne se révèle qu’au dernier moment, tant la forêt est dense.

Première vue du Mont Hood
Mont Hood

Avant d’entamer la montée finale vers Timberline Lodge, j’ai le plaisir de faire une pause fraîcheur au « trail magic » offert par Donna et Ben. Des sodas, des cookies et des clémentines. Un vrai réconfort, physique et moral, et toujours cette générosité qui me touche. Merci à eux.

Donna et Ben : trail angels

Puis vient la montée, étrangement facile, vers l’hôtel Timberline. Le chemin s’extirpe de la forêt et serpente sur les pentes nues du Mont Hood.

On aperçoit la masse grise et austère de l’hôtel qui servit de lieu de tournage au film « Shining ». En ajoutant l’isolement, on comprend le choix de Stanley Kubrick.

Au loin, on distingue…
… les bâtiments de Timberline Lodge
Et son entrée imposante

En l’occurrence, l’isolement géographique n’empêche pas l’hôtel d’être un lieu d’attraction touristique majeur. A en juger par le nombre de visiteurs présents. Il ne manque que Nicholson et sa hache.

Un dernier coup de rein et j’atteins la terrasse extérieure. Deux hikers se prélassent au soleil. Je reconnais Julien; il est en pleine digestion et me conseille d’aller tester le buffet déjeuner à volonté au restaurant avant la fermeture. Ce que je fais avec un plaisir évident. Pour 25 dollars, je vais passer une heure rabelaisienne à manger plus que de raison. De tout en très grande quantité, sans modération. P…. que ça fait du bien de se lâcher.

Puis, direction le solarium pour une bulle digestive en musique face au Mont Hood.

Julien se relaxe
En musique

Vers 16h30, je salue Julien (qui souhaite continuer quelques miles le chemin) et je décide de prendre la navette qui rejoint le village de Goverment Camp en 20 minutes.

Vue depuis la façade sud de Timberline Lodge

Objectif le Cascade Ski Club pour prendre une douche, faire une lessive, disposer d’un bon wifi et passer la nuit (seulement 40 $). L’accueil est hyper chaleureux. Je dispose de tout l’établissement (salon, cuisine…) car je suis le seul hiker ce soir.

Cascade Ski Club

Cette fin de journée est totalement relaxante. J’achète des fruits et des produits laitiers au General store (pour un repas plus frugal que le précédent) et je m’installe dans le grand salon du Ski Club pour mettre à jour le blog.

Demain matin, je prendrai la première navette pour remonter sur Timberline Lodge et son « buffet breakfast à volonté ». Puis je me lancerai sur le PCT pour parcourir les deux dernières journées en Oregon, avant Cascade Locks et ses PCT days.

Ciel du soir à Goverment Camp

J 105 – 13 août. Timothy Lake (Mile 2076)

Il faut aussi des journées moyennes. Après les grands panoramas d’hier, c’est le retour dans le « tunnel vert ». Je vais alterner entre pistes forestières et tracé officiel. C’est un peu plus long mais j’y trouve mon compte car le parcours est plus rapide. Il permet aussi une meilleure gestion de l’eau puisqu’il est traversé par plusieurs ruisseaux.

Jeu de pistes 1
Jeu de pistes 2
Jeu de pistes 3

Un sol souple et un horizon bouché ça permet de faire des miles. Pas grand chose à voir, hormis quelques lignes haute tension et des ruisseaux .

Oak Grove Fork

L’allure est soutenue et les pauses sont rares. Ainsi, sans problème, je rejoins Timothy Lake en fin de journée après 31 miles (50 km).

Timothy Lake

Timothy Lake est un des plus grands lacs de la région. Base nautique avec des aires de jeux sur sa rive occidentale. Heureusement, le PCT longe le lac sur l’autre rive plus sauvage. Je m’arrête à un emplacement idéal, plat et au bord de l’eau. L’occasion de prendre un bain et de rafraîchir l’organisme.

Ideal pour une baignade
Et une chambre avec vue

J’ai pour seul voisinage un couple de retraités allemands. Ils font chaque année une portion du PCT et projettent d’arrêter leur édition 2019 à Cascade Locks.

J’ai les jambes fatiguées malgré la baignade relaxante dans le lac. Aussi je ne tarde pas, après un repas vite expédié, à me glisser dans le sac de couchage. J’adore ces longues nuits de sommeil au milieu de la nature. Propices aux rêves et aux réveils en douceur. J’espère que demain, à Timberline Lodge (le fameux hôtel de Shining), la nuit sera toute aussi reposante.

Enjoy again

J 104 – 12 août. Olallie Lake Resort (Mile 2046).

Comme toujours, à une journée tristounette et humide succède une étape magnifique. 27 miles de pur bonheur.

Pendant que les lueurs rouges du soleil levant tentent de se frayer un chemin dans le rideau d’arbres, je lève le camp. La tente est humide et pèse le double de son poids au moment de la plier.

Lever de soleil

Il a gelé cette nuit. Un léger givre recouvre les plantes. Et les lacs se parent d’une brume mystérieuse. Malgré le retour du soleil, je vais supporter la doudoune au moins pendant la première heure de marche.

Brume sur terre
Brume sur eau
Givre

Après deux miles, le chemin offre une vue panoramique sur le Mont Jefferson. Celui-ci impressionne avec sa masse et les glaciers qui recouvrent ces différents versants.

Première vue sur Jefferson

Tel le Shasta en son temps, le Jefferson va m’accompagner sur plusieurs miles. Se faisant ainsi le sujet principal des photos de la journée.

Vue du Mont Jefferson 1
Vue du Mont Jefferson 2
Vue du Mont Jefferson 3

Mais pas seulement. Car l’étape offre de nombreux points de vue sur cette partie de l’Oregon plus montagneuse. La lumière met en valeur la diversité des éléments (les roches, les fleurs, les cours d’eau) dans une parfaite harmonie.

Terres ocre au matin
Enfin je vois le Three Fingered Jack
Red mountain

Je m’arrête déjeuner au point le plus élevé de l’étape. Avec une vue à 360 degrés sur la chaîne des Cascades et les vallées environnantes.

Puis, étonnamment en pleine forme physique (après la journée automnale de la veille), je vais boucler les 10 miles restants en moins de 3 heures. Pour rejoindre le Resort d »Olallie Lake.

Olallie Lake 1
Olallie Lake 2

Ce petit établissement, louant des chalets au bord d’un beau lac, ne dispose que d’une épicerie. Et propose aux PCT hikers de camper gratuitement sur place. Pas de réseau, pas de wifi, l’électricité est produite par des panneaux solaires. On est dans l’esprit « refuge de montagne ».

Olallie Lake Resort

Mais cela suffit amplement au confort des PCT hikers et même de quelques touristes fuyant le tumulte de la ville.

Nous sommes 9 hikers ce soir à camper autour du Resort. Parmi lesquels Julien, All In (un californien qui ramasse et cuisine des cèpes), un allemand de Fibourg (qui parle couramment français) et un couple de retraités suisses « made in moutain ». J’achète une bouteille de vin et nous la partageons pendant le diner. Moment convivial avant que chacun aille s’enfermer dans son château pour la nuit.

C’est beau…

J 103 – 11 août. Mile 2018.

Difficile de décoller de Big Lake Youth Camp. Le breakfast est à 8 heures, généreux et calorique. Nous en aurons besoin pour affronter une météo automnale.

Le temps est frais, le plafond est bas. Même si la pluie a cessé, cette journée sera la première (depuis des mois) sans voir un rayon de soleil.

Plafond bas

Je reste au chaud jusqu’à 11h00. J’en profite pour joindre les proches et mettre â jour le blog. Puis, après un dernier passage à la hiker box (très fournie), je quitte les lieux.

Le chemin évolue à plat sur un sol souple jusqu’à Santiam Pass. Ces 5 miles sont faciles et gourmands. Car c’est la pleine saison des myrtilles. Je ne cesse de m’arrêter pour en grappiller. Incomparable saveur des fruits offerts par la nature ! Tellement pris par cette activité, je ne verrai pas la marque au sol indiquant les 2000 miles.

Myrtilles
Borne de ralentissement

Le PCT prend du relief. Il s’élève dans le brouillard en direction du Mont Jefferson. Le mauvais temps ne permet pas d’avoir une vue dégagée mais j’apprécie ce gain d »altitude.

Le PCT prend de la hauteur
Et s’expose au vent

Encore beaucoup de portions de forêt brûlée qui laissent entrevoir les nombreux lacs de la région.

Toujours des forêts brûlées
Et des monts de pierre de lave
Lac Wasco 1
Lac Wasco 2

A près de 7000 pieds, le chemin passe par des névés résiduels et est exposé au vent. Celui-ci vient de l’ouest et souffle fort. Je suis obligé de porter une veste et des gants pendant une grande partie de l’étape.

Petit névé ne finira pas l’été
La cime dans les nuages

J’ai noté que le PCT traversait entre les Miles 2022 et 2024 une zone interdite au camping. Aussi quand je repère (Mile 2018) un emplacement totalement protégé du vent, je n’hésite pas à m’arrêter.

Terre ocre
A l’abri du vent

C’est la garantie d’une nuit tranquille (en sauvage et en solo) car il est très probable que les autres hikers choisissent de dormir à la limite de la zone protégée au Mile 2021.

De plus, le froid et l’humidité ont eu raison de moi. J’ai très envie de me blottir dans mon sac de couchage. Non sans avaler un ramen bomb (mélange de pátes et de purée) au passage.

Malgré cette météo maussade, j’ai apprécié cette journée en solitaire. Entre musique et podcasts d’émissions, je n’ai pas vu défiler les heures. L’esprit se concentre sur les sons et les odeurs. Ma pluie sublimant le parfum des plantes telles que la menthe, les myrtilles ou les pins. C’est un enseignement du chemin, on ne déteste rien. Il y a les journées qu’on préfère et celles qu’on se contente…d’apprécier.

Lumière du soir prometteuse
Enjoy

J 102 – 10 août. Big Lake Youth Camp

Encore un peu de pluie ce matin. Le risque d’orage persiste jusqu’à ce soir; aussi j’ai décidé de faire une courte étape et de rejoindre, depuis Mackenzie Pass, le camp d’été (très hiker friendly) de BLYC .

En attendant, je passe beaucoup de temps  à savourer un cappuccino et des pâtisseries « maison » dans un établissement charmant du centre ville de Sisters. Le temps de recharger l’électronique et de laisser passer une dernière averse.

Sisters Coffee Company
Samedi matin au café

Vers 10h30, je me décide à faire du stop pour remonter vers le col. Je n’aurai même pas à tendre le pouce. Une dame qui promène son chien me propose de m’emmener vers le PCT. Quand je lui demande si c’est sur son trajet, elle me répond que ça n’a pas d’importance, elle a l’habitude d’aider les PCT hikers. Trail angel …

Nancy, trail angel

Nancy (fille et épouse de militaire) à vécu partout sur la planète. Même en France, à Châteauroux. Elle en retient quelques mots et le goût du « bon fromage ». Le trajet de 30 minutes est plaisant et je constate (encore une fois) que les propriétaires de chien prennent volontiers des PCT hikers en autostop. Sans doute moins incommodés par notre parfum d’aventure.

Sheila, trail angel too

A l’observatoire, je prends quelques photos du décor lunaire de cette étendue de pierre de lave. Il y a toujours des nuages mais le temps est plus clair que la veille.

Viggo on the moon
Vue sur le mont Washington

Puis je me lance sur ce chemin vaguement dessiné dans la roche volcanique. Ce décor inédit (nous n’avons pas d’équivalent en France) est à la fois austère et fascinant. La pierre est sombre et tranchante comme le corail, ne favorisant aucune forme de vie et recouvrant le massif sur des hectares.

Chemin de lave
Horizon bouché

Autant, les scories et les cendres sont réputées fertilisantes pour les terres, autant ces coulées de lave petrifiée sont la négation de toute forme de vie.

La lave abrasive.
Where there is à will …
J’ai fait ce que j’ai pu

La marche y est difficile. Mais le silence environnant favorise l’introspection et le sentiment d’être « seul au monde ». Je ferai quelques détours, comme à Little Belknap, pour aller voir les tunnels et les puits que la lave a laissé lors des dernières éruptions. Car le massif est en sommeil. Plus au nord, beaucoup se souviennent de l’éruption du Mont St Helen en 1980.

Little Belknap
Puits volcanique

Je longe le Mont Washington, lui aussi coiffé de son bonnet de nuages. Puis, encore une fois traverse une vaste étendue de forêt brûlée. Ces arbres morts combinés à la pierre de lave donnent à l’ensemble un air de désolation.

Où est le Mont ?
Desoland

Vers 15h30, après 1 mile off trail, j’arrive au camp d’été de Bug Lake Youth Camp. Administré par des adventistes, le camp de vacances est réputé (nombreuses activités). Il est surtout très accueillant pour les PCT hikers. Offrant le campement, un espace commun, une cuisine, une laundry, des douches et des repas. Les hikers sont libres de faire une donation de quelques dollars. Il y règne une ambiance conviviale et relaxante.

Un peu plus de verdure.
Welcome PCT hikers
Un des nombreux bâtiments
Sens de l’accueil
Et sens de l’humour (hommage au Petit baigneur).

Contre toute attente – je le croyais loin devant – je retrouve Julien qui s’est offert un « zéro ». Le temps notamment de laisser passer les orages et de faire le plein de nourriture, car les repas sont généreux.

Breakfast

J’ai aimé cet endroit où nous sommes accueillis simplement mais tellement généreusement. Entre café, lecture et écriture, le temps est vite occupé. Une dizaine de hikers (beaucoup de sobos) partagent les lieux dans un esprit de partage et de respect mutuel. La grande famille du trail !

Salle de restauration
Hikers affamés

La pluie va continuer une partie de la soirée (et même la nuit). Je pense qu’elle s’invitera plus souvent sur la dernière partie de cette aventure. Encore 6 à 7 jours d’Oregon, puis ce sera le Washington. Et demain, dans les premières heures je passerai les 2000 miles ( 3210 km). Il ne restera plus que…1000 km avant le Canada.

Enjoy

J 101 – 9 août. Mile 1983 (puis Sisters).

Et le ciel s’est effondré. Un orage de montagne comme on le craint tous. Des éclairs tout autour en quasi simultané avec les craquements du tonnerre. Une pluie glaciale qui vous gifle sous les rafales du vent. Un grand moment de solitude qui vous transforme en animal traqué et vous oblige à vous terrer sous le moindre rocher.

Ce n’est pas faute d’avoir été averti. La nuit a été plus fraîche que d’habitude et de nombreux nuages se sont formés tout au long de la journée.

Les frères sisters

C’est d’ailleurs l’étape de la frustration. Le chemin s’est élevé plus ou moins sur les flancs des volcans Sisters sans que je puisse avoir une vue dégagée sur ces colosses coiffés de nuages orageux.

Sister sous les nuages

Malgré tout, cette longue étape m’a mené dans un décor lunaire jusqu’à Mackenzie Pass où j’ai eu la chance d’être pris en charge par les seuls automobilistes présents à l’observatoire. J’ai pu ainsi rejoindre le campground de la petite ville de Sisters pour y passer la nuit.

Observatoire de Mackenzie Pass
Vue de l’intérieur de l’observatoire

Depuis la route qui mène à Sisters, la vue sur le massif volcanique est panoramique. Et nous aurons même droit à une brève éclaircie.

Les 3 sisters
Vue au nord

Malgré la grisaille et la pluie qui redouble de vigueur, la ville se révèle accueillante avec ses nombreux commerces et son charme désuet.

Je vais jusqu’au campground (quasi en centre ville ) où je m’installe à l’emplacement réservé aux hikers/bikers. Il n’y a que deux cyclistes (trempés) qui me saluent et me souhaitent déjà bonne nuit. En effet, il est tard et je prendrai le temps demain de visiter un peu la ville (et ses restaurants en quête d’un bon breakfast). Je dîne dans la tente et ne tarde pas à trouver le sommeil, bercé par le bruit régulier de la pluie sur les parois de la tente.

J 100 – 8 août. Elk Lake (puis Mile 1955)

100 jours. 100 jours que j’avance à pas de fourmis sur l’épine dorsale de l’Ouest américain. D’une frontière à l’autre, du Sud au Nord, d’un rêve à son accomplissement.

Là-bas, encore loin, le Canada me tend ses bras. Je ne suis pas pressé. Comme une allégorie de la vie. Quand on sait qu’il reste moins à parcourir que ce qui a été fait. Une envie de donner de la qualité et de l’intensité au temps qui reste. Mais dans cet élan retrouvé, cette itinérance enivrante , il est difficile de ralentir. Le corps en demande toujours plus.

En quittant ma forêt fantôme (une des nuits les plus reposantes du PCT), je suis dans cette dualité. Une forme physique qui me pousse à faire au moins 30 miles et un mental qui m’invite à « prendre le temps ».

Brume du matin sur le lac

Le premier objecrif de la matinée est d’aller remplir mes bouteilles d’eau au prochain lac. Une légère brume recouvre Irish Lake, sous l’effet des premiers rayons du soleil. Un peu distrait par ce spectacle, je glisse sur la berge et me retrouve les deux pieds dans la vase. La garantie d’avoir les pieds trempés pour les 3 prochaines heures. Et de rajouter une touche personnelle à l’odeur déjà peu amène de mes chaussures.

Quiet place

Ici le PCT c’est le rallye des 1000 lacs. Entre vastes étendues claires et étangs peu salubres. Avec du 100% DEET, vous survivez et prenez le temps d’apprécier le paysage. Sinon vous courrez.

Eau claire
Eau moins salubre

Je grapille quelques baies au passage. Et regrette de ne pas avoir de rechaud pour cuisiner les quelques cèpes qui poussent au bord du chemin.

Berries
Un bolet

Encore une fois, je marche seul toute la journée et ne rencontre que des « Sobo ». Certains sont mal en point et boitent bas. Je retrouve les mêmes spécimens que lors de nos débuts dans le désert. Et n’oublie pas que j’ai failli jeter l’éponge pour une periostite. C’était il y a 3 mois. Un siècle.

Au Mile 1953, un sentier, puis une route, rejoignent Elk Lake Resort. Keep cool. La promesse d’un lieu de perdition où je pourrai boire frais et faire un vrai repas chaud. Il est 15 heures, je choisis de m’y arrêter.

Marina du Elk Lake Resort
Parking de sacs à dos
Miam

Le lieu est touristique sans être bondé ni désagréable. Le petit resto-bar est un peu cher mais la nourriture excellente (ah le reuben au fromage fondu) et les propriétaires plus « hiker friendly » que ne le laissait penser quelques commentaires sur l’application Guthook (l’appli des pctistes). Résultat, j’y passerai 2 heures et demi à me relaxer. Et à observer Chipmunk, mon copain du jour.

Tic
Tac

Comme le Resort ne sert pas de petit-déjeuner, inutile de dormir sur place. Vers 18 heures, je quitte les lieux pour rejoindre le PCT et m’avancer un peu dans la perspective d’atteindre McKenzie Pass le lendemain, avec la possibilité de passer la nuit dans la petite ville de Sisters.

Au mile 1955, je m’installe, en retrait du chemin, sur un espace à peu près plat. Le ciel est menaçant. Des orages sont annoncés pour les deux jours à venir. Se retrouver sur les contreforts des volcans Sisters en plein orage ne me tente pas trop. Je choisirai donc de partir tôt demain matin, après ma… 100ème nuit sur le PCT.

Three Sisters Wilderness

J 99 – 7 août. Mile 1928.

Ce soir, je ne dormirai pas près d’un lac. Il faut éviter les addictions. J’ai choisi le décor inédit d’une forêt brûlée, arbres pétrifiés et sol mi-sable mi-cendres, pour poser la tente sur une petite colline.

Feue Willamette national forest

L’endroit pourrait être lugubre. Bien au contraire, il est clair et ouvert sur l’horizon, exposé aux derniers rayons du soleil. Le sol est recouvert d’une végétation amenée à remplacer les arbres défunts dans les prochaines décennies.

Seul dans la forêt fantôme

J’ai aimé cette petite étape 100% made in Oregon. Offrant toute une déclinaison de la spécialité du coin : volcans, forêts et lacs. Depuis quelques jours, malgré un relief de moyenne montagne, il faut bien reconnaître que le chemin est facile. Il se confond d’ailleurs avec quelques pistes se ski de fond. Peu de dénivelée et un sol très souple. Cependant, je n’ai pas envie de forcer l’allure car j’ai prévu des étapes de 25 miles en moyenne d’ici les PCT days.

Domaine de ski de fond

Dans la gamme des lacs et des étangs, il y a des nuances de couleurs et de pureté de l’eau. Certains lacs sont superbes. C’est le cas de Rosary Lake.

Lower Rosary Lake I
Lower Rosary Lake II
Pulpit rock et North Rosary Lake

Le PCT prend un peu de hauteur et permet d’apercevoir d’autres grands lacs au loin. Mais pas encore les Three Sisters, ces volcans culminant à plus de 3000 mètres qui font la renommée de cette partie de la chaîne des Cascades.

Vue à l’est
Petite forêt deviendra grande

Après avoir rempli suffisamment d’eau (au lac Charlton) pour le dîner et la nuit, je choisis de camper dans cette portion de forêt fantôme qui laisse passer la lumière. Le moindre mouvement fait soulever des nuages de poussière (cendres) et finit par me transformer en trash hiker au look de homeless (sdf). Ce que je suis depuis près de … 100 jours.

21h00 à l’ouest

J 98 – 6 août. Shelter Cove (Mile 1906)

Toute la journée, j’ai rêvé d’une bière fraîche. De cette première gorgée qui explose en bouche et vous fait oublier la poussière du chemin, les piqûres de moustiques, l’odeur âcre des vêtements trempés de sueur et l’éternité des derniers miles.

A l’heure où j’écris ces lignes, je suis face au lac Odell, regardant le ballet des mouettes autour des canots des pêcheurs. Et je goûte le plaisir d’une bière IPA locale (ma deuxième) comme une récompense.

Face au lac Odell

La nuit dernière, j’ai senti une présence autour de ma tente. Dans la pénombre, je distiguais un animal assez gros, se déplaçant en silence. Évidemment, je ne faisais pas le fier. J’ai parlé d’une voix ferme pour dire un truc du genre: « Je t’ai vu. Fous le camp ». La bestiole s’est figée puis est partie vers le chemin d’accès. J’ai dû mettre deux heures à me rendormir.

Ce matin, j’ai constaté la présence d’empreintes peu rassurantes sur le sable du chemin. Peut-être un mountain-lion (cougar). Mais bon, rien de nature à me faire craindre de passer la nuit sous la tente. Ça fait 3 mois que je fais partie du biotope.

Visiteur de la nuit

En empruntant toujours l’Oregon Skyline Trail, j’ai pris le temps de faire des pauses baignades en profitant d’une température clémente des lacs de la région. Le plus agréable était Crescent Lake, peu fréquenté malgré ses nombreuses zones de baignade aménagées.

Crescent Lake I
Crescent Lake II

En passant par le campground de Whitefish Horse, je suis interpellé par un cowboy local qui me demande si je suis thru-hiker. S’engage une conversation tous azimuts. Son fils fait aussi le PCT en ce moment, il a skippé la Sierra et fait une pause à Ashland. Je comprends que leurs relations sont tendues mais que ce père (un rancher rustre et bourru) est très fier de son fils. Je lui dis que le PCT ne le transformera pas mais qu’il révèlera sans doute des choses essentielles enfouies en lui. Parmi lesquelles, les relations avec son père. Paul le cowboy me salue chaleureusement et semble presque ému de cet echange.

Paul, cowboy au coeur tendre

L’Oregon skyline trail est emprunté par quelques PCT hikers, notamment les Sobos que je croise en nombre. Il est facile à suivre et propose un chapelet de lacs et d’etangs pour rafraichir les organismes.

Diamond View Lake

A l’approche de Shelter Cove, le chemin longe la rivière Trapper Creek. Cela faisait longtemps que je n’avais pas vu d’eau courante. L’occasion de remplir les bouteilles d’une eau plus pure que celle étangs.

Trappeur Crrek

J’arrive à Shelter Cove vers 16h30. L’ambiance y est sympa. Il y a de très nombreux hikers (dont Julien) qui disposent d’un espace pour eux. Une tente avec notamment une hiker box très fournie et une station de recharge.

Shelter Cove
Le Resort
L’espace PCT

Malheureusement, le restaurant sera fermé ce soir. Je me dépêche de commander une pizza pour pouvoir manger quelque chose de chaud. Et passe la fin de journée à discuter avec les autres hikers et boire quelques bières. Puis nous nous dirigeons en limite du campground pour poser la tente dans un espace réservé et gratuit.

Le ciel s’est couvert. Quelques gouttes de pluie me font craindre un possible orage, mais finalement tout se dégage assez vite. Et le soir nous offre un feu de joie dont il a le secret.

Maison voisine du resort