J 21 – 21 mai. Mont Baden-Powell puis mile 379,5

Belle et éprouvante journée. Elle a commencé avec un super lever de soleil au dessus des nuages. Le temps de faire sécher les tentes, de manger un morceau et de faire quelques photos, on lève le camp.

Lever de soleil
Au dessus des nuages
Blogger et Psycho

Psycho et moi avons deux destinations différentes. Il choisit de bifurquer vers Wrightwood (pour y passer l’après-midi et la nuit), j’ai décidé de continuer le PCT. Je ferai une pause à Agua Dulce dans 90 miles.

Je laisse partir Psycho – on se retrouvera à Agua Dulce – et je me mets en route à un rythme plutôt cool. Un brouillard épais et très humide a envahi la montagne. Au fil de la progression, je ressens le froid et je suis obligé de sortir le pantalon et la veste coupe-vent. Des petits cristaux de glace se déposent sur moi. Ils recouvrent les arbres comme sou l’effet d’une tempête de neige.

Dans le brouilard
Et le givre

La neige, justement, fait son grand retour, après la chaleur du désert de ces derniers jours. Le PCT traverse d’ailleurs un vaste domaine skiable avant de redescendre vers la route et le parking du trailhead d’Inspiration Point.

Remontées mécaniques
Retour de la neige sur le PCT

Il fait tellement froid que je m’assoie derrière le bâtiment des toilettes publiques pour faire une courte pause déjeuner. Il y a plus glamour.

Triste époque

Après cette matinée tranquille et humide (et 13 miles parcourus), je passe au plat de résistance. Le sentier va encore progresser en forêt, en traversant quelques campground (au passage merci à la water cache de GrassyHollow) et une zone signalée comme habitée par les ours. Comme j’évolue dans une vraie purée de pois, je me fais mon petit flip et je me mets à chanter à voix haute. Imaginez la tête d’un ours entendant du Cabrel ou du Goldman (excusez le répertoire, mais c’est ce qui m’est venu naturellement).

Puis, après un dernier parking perdu dans le brouillard, c’est la montée vers le maitre des lieux, le Mont Baden-Powell et ses 2865 m. Ce n’est pas le plus haut sommet, mais à l’instar du Canigou ou du Ventoux, il offre une vue contrastée à 360 degrés sur sa région. Courte montée (4 miles) mais sillonnant dans sa deuxième moitié dans un paysage totalement enneigé.

Sans équipement, la prudence est de mise. C’est là, alors que je n’ai rencontré personne de la journée, que je retrouve quelque hikers. Parmi eux, un français (enfin) prénommé Mika, parti de Campo le 29 Avril. Il se trouve qu’il connait 24miles car nous avions échangé un peu dans la phase de préparation.

Dans cette ascension, absorbés par l’attention à chaque pas dans la neige et la crainte de glisser sur plusieurs metres en contrebas, on n’a pas vraiment le temps de lier connaissance, mais nous le trouverons plus tard. Pour l’heure, je suis pressé d’en finir avec le Baden-Powell pour redescendre trouver un emplacement. Car outre la fatigue générée par les miles parcourus depuis ce matin, le vent est vraiment froid et violent.

A la bifurcation qui mène au sommet du Baden-Powell, je fais les derniers hectomètres à l’energie et j’arrive au sommet. Un couple d’hikers US sont en train d’immortaliser l’evénement. Ils me proposent une photo que j’accepte volontiers ( c’est toujours mieux qu’un selfie). Je reste un peu à contempler le paysage (la brume s’est dégagée) et la grande plaine de Los Angeles s’étale devant moi. Il y a une stèle à la gloire du sieur Baden-Powell (inventeur du scoutisme), un drapeau américain et,dans une boite, un livre de registre (trail register) que je signe. Puis je redescend vers le PCT.

Vue sur la plaine de L.A
Mais qu’il est content !

Il est 18h30 et, vu le vent et l’altitude, urgent de trouver un emplacement pour la nuit. Mais il va falloir encore évoluer une heure dans la neige, chercher le sentier encore recouvert, faire quelques glissades (sans danger), avant de trouver un endroit à peu près convenable. Au pied d’un névé et vaguement à l’abri du vent.

Une nuit à 2800 m

Repas rapide. Je me glisse rapidement dans mon sac de couchage pour me reposer de ces 22 miles d’effort. Dehors, c’esr le vacarme du vent dans les branches des sapins.

J 20 – 20 mai. Mile 357,2

Toute petite journée en miles officiels. En fait, j’ai marché un peu plus; mais pour des raisons d’ordre alimentaire 😉

Ce matin, je regarde le parcours et je réalise qu’il ne sera pas nécessaire de s’arrêter à Wrightwood. En effet, je peux rejoindre Agua Dulce en 5 jours, pour peu que je complète les 2 jours de nourriture qu’il me reste. Il me vient alors l’idée saugrenue de refaire les 2 miles vers Cajon Pass (MacDo + supérette de la station essence). Pour y acheter ce qui me manque et… pour prendre un méga petit déjeuner. J’y passe près d’une heure pour boire des cafés, passer des appels en wifi, regarder passer les trains et télécharger des podcasts. Bref, je glande.

Train dans la vallée

Au moment de partir pour une journée qui s’annonce éprouvante (avec une section de 15 miles de montée sans aucun point d’eau), je tombe sur Psycho qui débarque avec l’estomac dans les talons. Nous sommes contents de nous retrouver et nous passons encore une heure à discuter et faire le plein de calories.

Quand nous reprenons le chemin, il est 11 h. Dans ces conditions, vu le dénivelé qui nous attend, je sais que nous n’irons pas loin.

Pour sortir de l’échangeur routier, le chemin emprunte deux tunnels et traverse une fois ferrée puis progresse en piémont sur quelques miles.

Tunnel pour hiker
TV du hiker
Transcalifornien

Il fait beau. On retrouve ce même paysage de collines semi désertiques sur le versant desquelles le PCT dessine des lacets.

Le chemin sur les collines
Sortie de Cajon pass

Après une légère descente pour traverser la Lone Pine road, et y trouver une « water cache » bien fournie, c’est le début de l’interminable montée. La pente n’est pas très difficile, mais avec la charge en eau et nourriture, il est difficile de progresser à plus de 2 miles/heure. Au loin, se profilent des montagnes enneigées qui seront au menu des prochains jours.

Water cache
Mountains San Gabriel
Les mêmes au loin

Pas de grande pause cet après-midi (on a suffisament mangé) mais surtout le besoin de faire des breaks de 5 à 10 minutes. Avec l’altitude, l’air se refroidit et la végétation se fait plus dense. Bye les cactus, bonjour les pins.

Il y a peu d’emplacements pour poser la tente. Certains se sont même installés directement sur le chemin. Aussi, quand vers 18h30, nous trouvons un replat à l’abri du vent, véritable balcon sur le Mont Harwood enneigé, nous n’hésitons pas à nous y arrêter.

Pas gêné…

Nous ne sommes qu’à 6 miles de l’embranchement qui mène à Wrightwood. Psycho souhaite s’y arrêter pour un « nero » avec nuit d’hôtel. Pour ma part, j’ai plutôt envie de continuer pour reprendre ce rythme qui m’a porté depuis Big Bear Lake. J’ai une propension à marcher en solitaire sur de très longues amplitudes. Mais j’aime aussi partager un peu de complicité (discussions, pauses, etc…) avec des compagnons de route. On verra demain, qui en moi de l’ours ou du chien de berger l’emporte.

Changement de décor
Brume de fin de journée

J 19 – 19 mai Cajon Pass puis Mile 343,6

Il a plu toute la nuit. La tente Zpacks duplex a fait des merveilles. Ni humidité, ni condensation. Au réveil, mon premier réflexe est d’appeler ma muse. Le temps d’une conversation et le moral l’emporte sur la météo maussade.

Je profite d’une accalmie pour lever le camp. Pour la première fois, j’enfile ma tenue de pluie (rain pants et veste imperméable). Me voici sur le chemin détrempé, en balcon sur la vallée. Il se remet à pleuvoir par intermittence pendant 30 minutes, puis le ciel se dégage et welcome back le soleil californien.

La plaine à ma droite bénéficie de l’irrigation de canaux alimentés par Silverwood Lake. J’y vois quelques prairies assez vertes, des propriétés cossues et quelques troupeaux de bovidés.

Au bout de 45 minutes de sauna, je retire mes effets de pluie, difficiles à supporter quand le soleil brille.

Le chemin redescend et traverse successivement une route et un terrain industriel avant de passer au pied de la digue de Mojave (contenant les eaux du lac Silverwood.

Highway to dam
Terrain industriel
The dam

S’amorce alors une montée pour rejoindre le magnifique lac Silverwood. Sous ses faux airs de fjord, ce lac de barrage sur la West Fork Mojave est suffisamment vaste et sauvage pour offrir aux promeneurs un panorama complet: falaises, rochers, criques et petites plages. On y croise quelques pêcheurs et amateurs de nautisme.

Silverwood lake
Plage
Arrière plan

Le PCT contourne le lac sur plusieurs miles, permettant ainsi au gré des caprices de la météo, d’observer les jeux de lumière et les volutes soulevées par le vent à la surface de l’eau.

Volutes à la surface
Rayons d’argent

Au bout de la limite occidentale du lac, le chemin rejoint une petite route d’accès au mini port de plaisance. J’en profite pour me trouver un coin à l’ombre et faire une pause repas (il n’est que 11h). Non loin de moi, 2 autres hikers se reposent. Une voiture passe, ralentit et son conducteur nous interpelle : « pct hikers ? ». On aquiesce. Il s’arrête alors pour nous offrir des boissons fraiches Trail magic again. Thanks Brandon et Steven. Décidement, que cette générosité fait du bien !

Trail angels
Plaisir d’une canette fraiche

Je repars, toujours vers l’ouest en direction de l’interstate 15 et son fameux MacDonalds qui m’attendent à moins de 14 miles. Au loin le ciel est menaçant.

La pluie menace

Le chemin remonte, d’abord sous la pluie puis sous un grand soleil, dans ce décor californien désormais classique: pistes sablonneuses, collines et canyons désertiques, buissons épineux et plantes grasses.

Au loin, se profile Cajon Pass, petit col sur la faille San Andreas. Pour y accéder, le PCT va emprunter un passage en ligne de crête, très exposé au vent, pour contourner un superbe canyon. Puis passer sous des pylones, redescendre dans un défilé ombragé (Crowder Canyon), avant de déboucher sur l’échangeur autoroutier de Cajon Pass.

Le PCT part sur la gauche, mais la plupart des hikers virent à droite sur 600m pour marcher jusqu’à un MacDonald. A chacun son Bagdad Café. Quand on brúle 4500 calories par jour, on ne résiste pas à l’appel du BigMac et des french fries.

La suite se passe de commentaires. J’ai dévoré un boeuf et un champ de patates. Non sans rajouter un litre de milkshake. Puis une longue pause Wifi en allant régulièrement remplir mon verre de soda.

Difficile, vers 18h30 de s’extirper de ce temple de la malbouffe et d’aller affronter le vent glacial. Je marche au ralenti à l’affût d’une place pour poser ma tente. C’est chose faite dans un emplacement pas top, mais protégé du vent et pratique quand on en a plein les bottes. Au moins, ce soir, je n’aurai pas de repas à faire. Et demain je dors peut-être à l’hôtel.

J 18 – 18 mai Mile 320

J’ai eu très froid cette nuit. Je me suis réveillé vers 4 heures pour mettre ma doudoune et enfin dormir à mon aise. Ce matin, il y a de la glace dans les bouteilles d’eau. Et je suis encore loin de la Sierra, ça promet !

Je tente de joindre mon fils pour lui souhaiter un bon anniversaire. En vain. Aucun réseau. Je me surprends à a avoir un gros coup de blues et j’avale mon muesli avec les yeux embués. Ok ça va aller. Ce voyage est hors norme y compris dans sa dimension affective. Le besoin de dire et d’exprimer son affection aux gens qu’on aime est à l’échelle du PCT. Immense !!!

J’ai entendu passer le groupe des 5 hikers (de l’Utah) et je les laisse prendre un peu d’avance. Décidement, je suis plus solo que sociable en ce moment.

Les premiers miles sont sans grande difficulté, je marche un peu perdu dans mes pensées. Dans une courbe du chemin, se dévoile à l’horizon le paysage que je traverserai ces prochains jours.

Aujourd’hui, pour menu, je vais suivre en grande partie Deep Creek, une rivière, bien installée dans ses gorges, franchir quelques ponts, passer le mile 300 et profiter d’une pause dans les eaux naturellement chaudes de Hot Springs.

Bridge over trouble water
Easy river crossing
Mile 300 (482 km)

Je serai seul quasiment toute la journée. Toutefois, lors d’un ravitaillement en eau, je tombe sur Nick « Chipmunk », en mode relax. Il a manifestement soigné son problème de genou et a, lui aussi, fait une journée de 25 miles hier. On échange un peu au sujet de Psycho, Mavis, Rosi et les autres. « Hey blogger, they’re all behind us. So, we’re supposed to be injured ». Ok t’emballes pas, c’est pas parce qu’on est blessé qu’on va plus vite. On veut juste jouer un peu les sauvages. Chipmunk est un type sympa. Il marche torse nu, avec sa dégaine de jeune texan looké « chapeau/lunettes de soleil », une enceinte portable sur le sac et semble toujours attentif aux autres, prêt à aider. Spécialement la gent féminine. En me voyant repartir, il me dit « Good plan for your blog today » Mile 300 ? « No, Hot Springs. Cause you see many butts… ».😉

Nick « Chipmunk »

Evidemment, j’ai entendu parler de ces sources d’eau chaude où la plupart des gens se baignent dans le plus simple appareil. Quand j’y arrive vers 13 h, j’ai déja programmé d’y faire ma pause déjeuner.

Mais c’est un samedi et l’endroit est archi fréquenté par les gens du coin. Effectivement l’eau est chaude et forme des vasques naturelles pour s’y prélasser. Effectivement, le vêtement est accessoire. Il semble de mise que les hommes conservent leur boxer ou caleçon, alors que les femmes sont nues. Je me mets dans un coin à l’ecart avec les 5 hikers de l’Utah et nous cassons la croûte tout en contemplant le spectacle. Je n’ai pas pris de photos pour des raisons évidentes de respect de vie privée, mais il faut admettre que Chipmunk avait raison: « many butts »😉.

Hot springs
Natural jaccuzi

Je repars vers 14 h, bien décidé à continuer sur ma lancée, marcher au moins 24 miles. Le chemin est à flanc de colline, offrant des vues spectaculaires sur les gorges de la Deep Creek. Et au milieu, coule une rivière.

Deep Creek

Le temps s’est couvert. Le vent s’est levé. La météo annonce de la pluie pour cette nuit. Je souhaite trouver, a minima, un endroit protégé du vent pour passer la nuit.

A la sortie des gorges, le panorama change totalement. Devant moi, s’étend une vaste plaine formée par 3 vallées (Antelope, Apple et Baldy Mesa) ainsi que la Mojave River et son lac réservoir.

Antelope valley
Deep « asleep » creek

Je continue à suivre la Deep creek, devenue sage dans son écrin de verdure. Il me faut même la traverser pieds nus pour suivre le PCT. Vers 17h30, j’arrive au mile 314. Et là, Trail Magic !Papa Bear s’est installé avec deux acolytes et offre aux PCT hikers des sodas, de la bière, des fruits et des gâteaux. Le top !

Papa Bear
Trail magic

Je bois 2 sodas, mange une dizaine de biscuits et une orange. L’équipe de l’Utah fait honneur à la bière. Chacun a sorti la doudoune, car le vent est de plus en plus froid. Papa Bear nous annonce la pluie (« donc prenez des forces ! »). Je le remercie chaleureusement et repars pour deux heures de chemin à flanc de collines exposées au vent de plus en plus violent.

La pluie menace

Au mile 120, au fond d’une courbe à l’abri du vent, à côté d’un ruisseau, je trouve l’endroit idéal pour passer une nuit qui s’annonce compliquée. A peine, ai-je installé mon campement que la pluie se met à tomber. Je dîne dans ma tente (Mash potatoes et Beef Jerky) et profite de la courte soirée pour écrire un peu. Je capte enfin un signal réseau, mais il est trop tard pour appeler en France (milieu de la nuit). Je le ferai à mon réveil.

Tout compte fait, s’endormir en pensant à ceux qu’on aime, bien au chaud dans son sac de couchage, avec le bruit des gouttes sur les parois de la tente, c’est plutôt agréable.

Just for u

J 17 – 17 mai Bench camp (Mile 294,7)

Ce matin, comme nous ne repartons sur le trail qu’à 9h, je profite du retour du soleil pour me promener au bord du lac. J’y croise quelques pêcheurs, des promeneurs de chiens, des mamies s’essayant au footing et … une famille d’ours.

Je reviens par l’artère principale pour voir si le Big5 (outfitter) est ouvert afin d’acheter un filtre à eau plus grand ( et plus rapide) que mon mini sawyer. Hélas je trouve porte close, malgré une voiture « vintage » garée devant.

Le retour sur le PCT, après mon premier « day zero » me donne un énorme coup de boost. Aujourd’hui, j’ai décidé de marcher en solo, c’est 25 miles ou rien. Nous convenons avec Psycho de nous retrouver à Cajon Pass ou à Wrightwood (j’y ferai un « nero » Near zero), dans 3 ou 4 jours.

Le chemin met près de 12 miles à contourner à distance Big Bear Lake. Ce qui permet une vue agréable et continue sur le lac et les montagnes enneigées à l’arrière plan.

Puis, comme il est malheureusement fréquent en Californie, il bascule sur un versant ravagé par un incendie, offrant un paysage de désolation. Les « wildfire » sont de plus en plus courants en Californie. Chaque année, des milliers d’hectares sont brûlés; le PCT en traverse une grande partie et les hikers sont témoins de l’ampleur des dégãts.

After a wildfire

Progressivement, le chemin perd de l’altitude. Il fait beau mais le fond de l’air reste celui de la montagne. A midi, je vais même chercher une place au soleil pour une pause repas (d’habitude c’est la recherche de l’ombre). J’en profite pour jeter quelques miettes à un geai (magnifique oiseau bleu) qui apprécie ma compagnie.

Geai de Steller, l’oiseau bleu

Pendant tout l’après-midi, je vais avancer vite et seul, sans croiser un seul hiker. Le trail suit la rivière Holcomb, appréciable par l’eau fraîche qu’elle procure à volonté et par le nombre de petites plages où l’on peut planter la tente.

Holcomb creek

Je me surprends à chanter à voix haute, non pas que je m’attends à tomber nez à nez avec un ours (il y en a très peu dans le coin) mais simplement par une forme de « lâcher prise » provoqué par cet état prolongé d’effort et de solitude.

En fin de journée, j’évolue sur un sentier en sous-bois, parmi les pins et les groseillers en fleurs, la lumière est agréable et je ne vois pas les miles défiler.

Petit chemin tranquille PCT
Lumière du soir

A 19h, après avoir enfin rencontré tout un groupe de hikers US ayant installé un vilage de tentes sur une petite plage, je fais mon sauvage et je pose ma tente quelques miles plus loin, près de la rivière, sur un espace plat (tentsite) nommé Bench camp, au mile 294,7.

Pas dérangé par les voisins
Ma « pomme »

J’ai donc marché 28,8 miles (46 km) dans un relatif état second. Ce sera sans difficulté, après mon plat de noodles (face à la pleine lune en embuscade) que je trouverai le sommeil vers… 20 heures. Petite nature 😉

Lever de lune.

J 15 /16 – 15 et 16 mai. Big Bear Lake (Mile 266,1) + repos.

Ce mercredi 15 mai, au réveil, nous discutons avec Psycho de la stratégie souhaitée. En effet, il nous reste 20 miles avant d’arriver à Big Bear Lake, station touristique de montagne réputée pleine d’hôtels et de restaurants. L’endroit idéal pour y passer un premier jour complet de repos (day zero) . Nous convenons de prendre le temps pour arriver au trailhead (croisement du chemin avec la route qui mène à Big Bear Lake) en fin d’après-midi, de passer la nuit près de la route et de faire du stop le lendemain matin pour rejoindre la station.

L’avantage est de ne payer qu’une nuit d’hôtel et de consacrer ainsi la journée du 16 mai à prendre un bon breakfast, se réapprovisionner, soigner les bobos et profiter de la chambre tout l’après-midi.

Nous nous mettons en route vers 8h, via un chemin en sous-bois qui monte dans une végétation qui hésite encore entre désert et montagne. Pourtant, l’air s’est rafraichi et le ciel se montre menaçant.

Au bout de 4 miles, on note une inscription au sol (avec des pierres) annonçant les 250 miles. Séance photo pour fêter ce nouveau passage symbolique.

250 miles

Certes, la périostite m’a considérablement ralenti sur cette deuxième semaine, mais l’idée d’avoir malgré tout parcouru ces 250 miles (400 km) me satisfait quand même.

La journée passe facilement car le chemin est en faible pente, sans soleil et sans grande difficulté (exception faite du manque d’eau). Les paysages sont moins spectaculaires que ceux traversés les jours précédents, offrant parfois un balcon sur la haute montagne, une portion de sentier fleuri ou quelques arbres de Joshua.

Au mile 258, très longue pause repas car c’est le dernier ruisseau avant Big Bear Lake. Il reste ensuite 8 miles pour rejoindre la highway 18.

Highway 18

Le vent se lève et le temps se couvre de plus en plus. L’idée de passer, sous la pluie,une nuit sous tente en contrebas de la highway ne nous enchante guère. Mais nous prenons ce risque en organisant un petit campement (avec des meubles récupérés en bord de route).

Like a hobo

Finalement, la nuit a été tranquille. A 7 heures, nous levons le camp pour aller nous positionner en bord de route. Nous tendons le pouce, la première voiture qui se présente s’arrète aussitôt. Patty, une employée de la station qui part travailler et qui met, comme elle le dit « un point d’honneur à ne jamais laisser un pct hiker au bord de la route ». Elle nous dépose au « meilleur café de la ville », nous la remercions chaleureusement et, à peine sortis du véhicule, le ciel s’effondre. Une pluie froide aux ambitions de neige fondue qui va refroidir la ville pendant presque toute la journée.

Le Grizzly Manor Café est de ces endroits typiques des USA où l’on sait que les portions sont généreuses, la musique est bonne et les clients fidèles. La chemise à carreaux, la casquette et les commentaires sur la NBA sont de rigueur. La décoration est entre le grand n’importe quoi et le mieux que rien. Bref on est pas là pour ça. Ambiance chaleureuse, omelette maison, pancake XXL et café à volonté. Au vu du déluge qui s’abat sur la ville, on va y rester 2 heures.

Rassasiés (pour combien de temps) on se dirige vers l’hôtel voisin, le Vintage Lakeside Inn, où nous trouvons aisément une chambre chacun à 45 $ (pct rates). L’hôtel propose également un véhicule pour nous amener au centre commercial Von’s et un retour vers le PCT le lendemain. Idéal.

Psycho et moi (Pause Guacamole)

En ce qui me concerne, le reste de la journée sera consacré au grand nettoyage et aux soins des bobos. L’hématome déclenché par ma périostite s’est transformé en plaie. Il etait temps que je lui consacre un pansement adapté. Puis, lessive au lavomatic proche de l »hôtel, courses chez Von’s (enfin des fruits et des laitages), appels aux proches (enfin, vive le wifi) et … sieste.

Ames sensibles, s’abstenir
Estomacs sensibles, s’abstenir

En fin de journée, petite visite en ville. La pluie a cessé mais il fait froid. Quelques photos de véhicules …so american. Une bière et un hamburger pour clôturer un premier « zéro » puis retour à l’hôtel sous une légère bruine. Ce n’était pas une journée pour marcher.

School bus
Dodge challenger
US Army truck

J 14 – 14 mai Mile 246,5

Que c’est agréable de se réveiller près d’une rivière après une nuit incroyablement douce. Pas de rosée, la tente est vite pliée.

Ma « maison » de 600 grammes
Rising sun

La journée s’annonce difficile avec la remontée de la Mission creek sur 14 miles.
J’ai plutôt subi cette montée sur un chemin parsemé de cailloux qui passe son temps à aller d’une rive à l’autre. Traverser la rivière fait appel à la vigilance: choisir un tronc en travers du courant, sauter sur les rochers ou, tout simplement, marcher dans l’eau peu profonde.

Un bras de rivière

Attention à nos amis les crotales ! J’ai évité de peu de mettre le pied sur l’un d’eux en embuscade sous une pierre.

L’avez vous vu ? Regardez bien.
Parfois le chemin s’écarte de la rivière

De temps en temps, le  chemin prend de la hauteur pour contourner des gorges, reprenant presque un air bucolique; puis il replonge vers la rivière. Avec la chaleur qui persiste, il donne peu de répit.
L’objectif principal est de faire une longue pause au mile 140, là où le chemin quitte la rivière. En effet, à partir de ce point, le pct entre dans une section de 16,5 miles sans aucun point d’eau.
J’arrive au mile 140, dans un décor alpin, particulièrement éprouvé par la montée. Il est 16 h et j’ai une faim de loup. Autant en profiter avant de se charger en eau. J’avale 4 tortillas (thon, cheddar, jambon), une purée au fromage et deux barres energétiques. Puis je bois au moins 2 litres d’eau. Psycho en fait de même.
A 17h, je me leste de 5 litres d’eau et c’est parti pour 6 miles sur cette section du PCT que nous ferons en deux temps. Etonnamment, merci les calories, je me sens bien plus en forme. Le paysage est redevenu montagneux, la lumière du soir lui donne des tons ocre. J’avance vite, malgré la charge, sur un sentier agréable et nettement moins rocailleux. En surplomb, certains passages seraient presque vertigineux. Vers 19h, j’arrive sur un espace ouvert (Coon cteek) près d’une cabane forestière et des tables de pique-nique. L’endroit, magnifié par le coucher de soleil, est idéal pour planter la tente et y passer la nuit. Il y a déja 4 autres hikers américains, en train de préparer un feu.
Je fais le minimum syndical en matière de conversation car je ne rêve que d’une chose: aller me coucher dans mon duvet. Et oui, il m’arrive même d’écouter mon corps. En France, je ne m’endors jamais avant minuit. Ici je tombe de sommeil. Le minuit du hiker c’est 21h00.

J 13 – 13 mai Mile 227

Ce soir je campe sur une petite plage à côté d’une rivière (ou plutôt un torrent). Autour de moi, il y a des montagnes. Le plafond de ma suite royale est constellé d’étoiles.
Pour mériter cela, il fallut affronter le profil très particulier de cette 13ème journée.
D’abord, ce matin, aller d’un bout à l’autre de la vallée San Gorgonio. La traversée ne fait que 7 miles, mais au moment de partir vers 8h00, il fait déja 27 degrés.
On suit d’abord une route fermée à la circulation puis un chemin qui passe succesivement sous des lignes haute tension, un chemin de fer et la highway.

Il faut aller là-bas…
En passant par ici…
Et sous les lignes ht.

Au passage, c’est trail magic ! Une bonne âme a laissé, sous le pont, une glacière pleine de canettes fraiches (bières et sodas). Pause obligatoire pour Psycho et moi qui prenons le temps de savourer cet instant fraicheur.

Trail magic under the bridge
Boissons offertes aux pct hikers
Ouf, ça fait du bien

L’autre partie de la traversée nous amène à remonter une longue piste poussiéreuse qui mène, sous un soleil d’enfer, à un bâtiment de maintenance d’une ferme éolienne.
Alors que j’interpelle un employé pour savoir où trouver de l’eau, il m’explique que les hikers du PCT sont les bienvenus et peuvent disposer de toutes les commodités du bâtiment (cuisine, air conditionné, café, boissons fraiches et friandises). Bingo! Cette  journée démarre sous les meilleurs auspices. Nous partagerons même notre repas avec les 7 employés de cette ferme.
Difficile de repartir de cet oasis. Nous y trainons, au point que nous sommes rejoints par deux hikers que nous n’avions plus vu depuis longtemps: Danièle (Dan) une canadienne de Vancouver et Mitch d’Oregon. Eux aussi sont de la class May 1st (partis le même jour que nous). Ils n’ont pris que très peu de repos à Idyllwild et ont enchainé avec une journée.
Dan (qu’on appelle dreadlocks) dit aussi qu’elle « ne fait pas le PCT mais qu’elle rentre à pied chez elle ».

Eoliennes
Repas avec les employés de la wind farm
Psycho, Mitch et Dan.

Nous repartons, dans la fournaise, pour une longue journée de montées et descentes qui nous font prendre progressivement de l’altitude.
Mais ce qui change tout, c’est la traversée de notre première rivière de montagne. Bien installée, au fond d’un canyon, dans un lit trop grand pour elle, la Whitewater Creek sera surtout l’occasion d’une baignade vivifiante (certains diront un décrassage plus que souhaitable).

Whitewater creek, la bien nommée
Jacuzzi xxl

Puis le chemin remonte à nouveau pour rester longtemps en ligne de crête. Je marche seul (cette fois-ci, Psycho est derrière) une bonne partie de l’après-midi.
Toujours à l’écoute de la nature environnante, je me surprends à ne presque jamais écouter de la musique en marchant. Le dépaysement est tel qu’il donne de l’élégance à des notions tels que l’effort ou l’ennui.
C’est fou ce qu’un cerveau peut cogiter quand le corps est tout entier dédié à la marche. J’en ferai la liste un jour pour montrer aux générations futures que l’on peut survivre des journées sans écran de smartphone.

Mission Creek

Vers 18h, j’arrive au point souhaité, au bord de la rivière d’eau vive Mission Creek, que nous remonterons demain sur plusieurs miles au gré de nombreuses traversées.
La tente est plantée dans ce décor de rêve pour une nuit tempérée propre au sommeil réparateur.

J 12 – 12 mai Mile 205,7

Une interminable descente. C’est ce que je retiens de cette journée pourtant riche de contrastes.

Nous avons attaqué la matinée par le passage encore très enneigé de Fuller Ridge. C’est sûr, la progression y est délicate, mais ce n’est pas bien méchant. Il suffit de prendre appui sur ses bâtons et de mettre ses pas dans les traces déja faites. On s’est plutôt fait plaisir et chacun a eu droit à sa petite glissade sur le cul.

Par la suite, le sentier progresse encore à travers quelques névés avant d’amorcer une très longue descente en zigzags vers la vallée. Nous avions prévu un réassort en eau car, pendant des miles, il n’y aura aucun point d’eau. Comme la marche dans la neige a sollicité la périostite, je laisse partir Psycho devant et je passerai ainsi toute la journée en solitaire. Même en souffrance, j’adore ces moments; j’entre dans de longues périodes d’introspection tout en étant attentif à ce qui m’entoure, c’est l’essence mëme de la marche.

Mont San Jacinto

En terme d’attention, il ne fallait pas rater l’unique point d’eau de cette descente de 5 heures, un minuscule ruisseau (suffisant pour refaire le plein). Comment autant de neige peut donner aussi peu d’eau ?

Peu d’eau

Non loin du passage au mile 200 (pfff plus que 2400).

Mile 200

J’ai croisé dans cette descente uniquement nos amis les crotales, tantôt respectueux du code et annonçant leur présence (leur fameuse sonnette), tantôt plus sournois et m’obligeant au dernier moment à faire un saut de cabri. Côté adrénaline, ça fait toujours son petit effet.

Tout en subissant la pente, je maudis le tracé de ce chemin qui nous fait aller d’un bord à l’autre de la montagne. La chaleur augmente au fur à mesure qu’on perd de l’altitude. Le regard est happé par cette vallée désertique recouverte d’éoliennes; traversée par une ligne de chemin de fer, une highway et quelques chemins poussiéreux. On sent d’ici la fournaise qui y règne. Ce sera notre terrain de jeu demain matin.

Vallée de Cabazon

Il est presque 19 h, quand je termine la journée. Enfin dans la vallée, je plante ma tente au pied de la colline, à côté du point d’eau mis à disposition des hikers par le District. Psycho est dejà là. Nous dinons ensemble. Vers 20 heures, nous sommes rejoints par deux randonneuses, s’installant un peu plus loin.

Il fait très doux. Ce sera probablement ma première nuit sous tente par dessus le sac de couchage. Le désert s’emplit de petits bruits, un léger vent caresse la tente. Il y a pire pour s’endormir.

Amorce de la descente
Vue sur le massif San Gorgonio

J 11 – 11 mai  Idyllwild puis Mile 186,6

Curieusement, la nuit dernière, j’ai eu du mal à trouver le sommeil. Comme si mon corps s’était habitué au confort spartiate des nuits sous la tente et ne savait plus apprécier le luxe d’un vrai lit. En fait, la périostite me fait encore souffrir, dès que je suis en mode repos. Il faudra encore 15 jours pour que ça s’arrange. Avec regret je renoncerai à faire le détour par le sommet du Mont Jacinto et suivrai « simplement » le PCT.

Comme je dois rendre la chambre à 11 h, je traîne un peu et étudie le parcours des jours à venir.Il va y avoir encore un peu de neige (avec le fameux passage de Fuller Ridge) puis je retrouverai progressivement le désert. Ce qui est sûr, c’est qu’il faudra partir avec 4 à 5 jours de vivres car le tronçon qui mène jusqu’à Big Bear Lake passe loin des zones habitées.

Mon hôtel

Le principal objectif de cette  (presque) journée de repos est de se ravitailler. C’est l’occasion de « visiter » un peu Idyllwild. Une station de montagne « bobo et chic » qui présente un certain charme. Il y règne une ambiance outdoor et décontractée. Les maisons (en bois) sont jolies et discrètes Il y a surtout de nombreux commerces et restaurants.

Je passe chez le outfitter régler mon problème de matelas et acheter des guêtres (qui protègent du sable et de la poussière). En sortant de l’établissement je tombe sur Rosi. Joie des retrouvailles, écourtée quand je lui annonce que j’ai décidé de reprendre le chemin dans l’après-midi. Elle restera une nuit de plus en ville. Ainsi que Mavis (que je rencontre au supermarché), « La machine est fatiguée » me dit-il, « seuls Psycho et toi, repartez cet après-midi ». Mais nous nous promettons de nous revoir tous dans quelques jours à Big Bear Lake, si toutefois ils ne nous rattrappent pas avant (avec ma cadence d’estropié).

Avec Rosi
« Psycho » prêt à repartir

Côté réapprovisionnement, je croie que j’ai pris trop de bouffe. L’ensemble alourdit considérablement le sac. Pour une idée de ce que mange un thru-hiker (qui voyage sans réchaud): purée, semoule, cheddar, fromage fondu, viande séchée, thon, avocats, tortillas, salami, fruits secs et barres énergétiques.

Réassort au Supermarché

Psycho et moi, on glandouille un peu, le temps d’avaler une pizza et une énorme glace, puis c’est reparti pour une montée d’enfer. Depuis la station, la remontée vers Saddler Junction va me prendre 3h. J’ai beaucoup de mal, en pleine digestion, à supporter mon sac lesté de 4 à 5 jours de nourriture. On finit par se retrouver sur le PCT, que l’on va suivre sur quelques miles – le temps d’essuyer un orage de grêle – afin de bivouaquer un peu avant Fuller Ridge. L’idée est d’aborder ce passage enneigé délicat (sur 1,5 miles) aux premières heures de la journée, car la neige est plus compacte et gelée. Il est donc plus facile d’y progresser (sans équipement particulier).

En remontant vers le PCT
On retrouve la neige
Qu’on aborde délicatement

Nous trouvons un espace de bivouac idéal, et entamons notre réserve de nourriture (quelques grammes en moins à porter) en profitant d’un beau coucher de soleil.