J 98 – 6 août. Shelter Cove (Mile 1906)

Toute la journée, j’ai rêvé d’une bière fraîche. De cette première gorgée qui explose en bouche et vous fait oublier la poussière du chemin, les piqûres de moustiques, l’odeur âcre des vêtements trempés de sueur et l’éternité des derniers miles.

A l’heure où j’écris ces lignes, je suis face au lac Odell, regardant le ballet des mouettes autour des canots des pêcheurs. Et je goûte le plaisir d’une bière IPA locale (ma deuxième) comme une récompense.

Face au lac Odell

La nuit dernière, j’ai senti une présence autour de ma tente. Dans la pénombre, je distiguais un animal assez gros, se déplaçant en silence. Évidemment, je ne faisais pas le fier. J’ai parlé d’une voix ferme pour dire un truc du genre: « Je t’ai vu. Fous le camp ». La bestiole s’est figée puis est partie vers le chemin d’accès. J’ai dû mettre deux heures à me rendormir.

Ce matin, j’ai constaté la présence d’empreintes peu rassurantes sur le sable du chemin. Peut-être un mountain-lion (cougar). Mais bon, rien de nature à me faire craindre de passer la nuit sous la tente. Ça fait 3 mois que je fais partie du biotope.

Visiteur de la nuit

En empruntant toujours l’Oregon Skyline Trail, j’ai pris le temps de faire des pauses baignades en profitant d’une température clémente des lacs de la région. Le plus agréable était Crescent Lake, peu fréquenté malgré ses nombreuses zones de baignade aménagées.

Crescent Lake I
Crescent Lake II

En passant par le campground de Whitefish Horse, je suis interpellé par un cowboy local qui me demande si je suis thru-hiker. S’engage une conversation tous azimuts. Son fils fait aussi le PCT en ce moment, il a skippé la Sierra et fait une pause à Ashland. Je comprends que leurs relations sont tendues mais que ce père (un rancher rustre et bourru) est très fier de son fils. Je lui dis que le PCT ne le transformera pas mais qu’il révèlera sans doute des choses essentielles enfouies en lui. Parmi lesquelles, les relations avec son père. Paul le cowboy me salue chaleureusement et semble presque ému de cet echange.

Paul, cowboy au coeur tendre

L’Oregon skyline trail est emprunté par quelques PCT hikers, notamment les Sobos que je croise en nombre. Il est facile à suivre et propose un chapelet de lacs et d’etangs pour rafraichir les organismes.

Diamond View Lake

A l’approche de Shelter Cove, le chemin longe la rivière Trapper Creek. Cela faisait longtemps que je n’avais pas vu d’eau courante. L’occasion de remplir les bouteilles d’une eau plus pure que celle des étangs.

Trappeur Crrek

J’arrive à Shelter Cove vers 16h30. L’ambiance y est sympa. Il y a de très nombreux hikers (dont Julien) qui disposent d’un espace pour eux. Une tente avec notamment une hiker box très fournie et une station de recharge.

Shelter Cove
Le Resort
L’espace PCT

Malheureusement, le restaurant sera fermé ce soir. Je me dépêche de commander une pizza pour pouvoir manger quelque chose de chaud. Et passe la fin de journée à discuter avec les autres hikers et boire quelques bières. Puis nous nous dirigeons en limite du campground pour poser la tente dans un espace réservé et gratuit.

Le ciel s’est couvert. Quelques gouttes de pluie me font craindre un possible orage, mais finalement tout se dégage assez vite. Et le soir nous offre un feu de joie dont il a le secret.

Sunset

J 97 – 5 août. Mile 1878 (puis Oldenberg Lake)

Je suis sur l’Oregon Skyline Trail, un sentier alternatif qui rejoindra le PCT au niveau de Shelter Cove. Il démarre au niveau de Windigo Pass (Merci aux trail angels pour la water cache) et passe par de nombreux lacs. Il est bien moins fréquenté que le PCT même s’il passe par Crescent Lake et ses campgrounds. Ce type de sentier ne peut que satisfaire un sauvage comme moi.

Un vrai plaisir, ce chemin

La journée à été éprouvante et sans grand intérêt en comparaison de la veille. Le PCT à pris de l’altitude – en signalant même le plus haut point de la section Oregon-Washington (bon rien d’extraordinaire).

Je crois que j’ai passé 75% du temps à écouter de la musique et des podcasts, ce que je ne faisais pratiquement jamais les 3 premiers mois. Et … 100% du temps à massacrer les moustiques. J’ai même été jusqu’à les compter, comble d’un ennui maîtrisé; je prends la responsabilité de 102 moustiques en moins dans les forêts de l’Oregon.

Le pire prédateur du PCT

Cette nature luxuriante s’en accomodera tant les conditions sont réunies pour perpétuer le cycle de vie de toute ce qui rampe, grouille, pique et fait ch…. Ici, les hivers font des heures sup, les arbres ont les cheveux longs et les étangs sont éternels.

Hippies trees
Sleeping trees

Mais ne vous méprenez pas. Cette jungle du Pacifique Nord-Ouest est belle et authentique. Avec ses volcans endormis au dessus d’un océan de conifères, ses lacs d’altitude à peine domestiqués et ses villes à dimension humaine.

D’ailleurs, ce soir je vais aller poser ma tente près du lac Oldenberg. Humble étendue d’eau parmi des milliers d’autres.

Oldenberg Lake

J’y retrouve cette quiétude entretenue par le clapotis de l’eau et une légère brise. Je suis à la fois Lamartine et Indiana Jones. L’aventure et la poésie font cause commune. Celle de libérer l’esprit et de faire d’une journée, somme toute banale, une magnifique tranche de vie.

Wild Oregon

J 96 – 4 août. Crater Lake (puis Mile 1845)

Je ne peux commencer le récit de cette journée sans rendre hommage à Linda et John pour leur immense générosité. Alors que je trainais un peu des pieds sur la route, avant de rejoindre Mazama Village, ces deux amateurs de vélo (qui depuis leur retraite, font un parcours chaque matin) s’arrêtent à ma hauteur, me proposent de l’eau et s’enquièrent de mon état de forme. Je les remercie, leur assure que tout va bien et que j’ai juste une faim de loup. Quelques minutes plus tard, un véhicule venant d’en face s’arrête sur le bas côté. Je reconnais le cycliste (John) qui me dit : « Linda et moi vous invitons à prendre un breakfast à la maison ». Avec le PCT, j’ai appris à dire « oui » et à me réconcilier avec la nature humaine. Bien que gêné par tant de générosité, j’accepte avec plaisir cette invitation.

Merci Linda et John : trail angels

Me voici à Fort Klamath, un village de rancheros à juste 10 miles de Crater Lake. Un pays d’éleveurs de bétail, rustres et conservateurs.

Entrée d’un ranch

Linda et John font figure d’exception. Ils sont sportifs, ouverts d’esprit et accueillent souvent les PCT hikers. J’aurai droit à un petit déjeuner complet (café, jus d’orange, gâteau, pancakes et fraises) et à une conversation chaleureuse avec mes hôtes.

Plaines de bétail au pied de Crater Lake

Puis John me conduira jusqu’au trailhead de Mazama Village, non sans faire un détour rapide vers un endroit magnifique: les sources de la Wood River. L’endroit forme un lac discret peu profond aux couleurs turquoise et émeraude.

Wood River
Et son bleu intense

Je marche jusqu’à Mazama Village où je retrouve une poignée de hikers (nobo et sobo) se reposant près du general store. Il y a notamment Julien et Savage Beast qui ont envoyé ici un colis de ravitaillement. Le magasin est bien achalandé et il est possible de faire une lessive. Je recharge un moment ma powerbank, fais quelques achats puis tente de profiter un peu du faible signal Wifi.

Pendant qu’une partie du groupe déjeune au restaurant Annie Creek, je pars avec 2 hikers allemands vers Crater Lake. Bon, en fait, la route intérieure du Parc national est largement propice à l’autostop et nous trouvons facilement un mini van pour nous amener à Rim Village. Et là, je me retrouve face à un joyau de la nature.

Un cratère de volcan (le Mazama) au diamètre impressionnant devenu un lac glaciaire. Un océan de tranquillité à la surface plane, un miroir d’un bleu intense, entouré de falaises abruptes. Et cette petite île Wizard au milieu pour amener un air romantique à l’ensemble. Similaire aux îles du lac de Côme (Italie), du lac de Bled (Slovénie) ou celles des bouches de Kotor (Monténégro).

Wizard I
Wizard II
Wizard III

Je prends un milliard de photos, tant j’ai rêvé cet instant et tant le réel est à la hauteur de ce que j’imaginais. Un jalon de plus sur le PCT.

Le PCT est fermé sur cette partie pour une raison étonnante, la présence signalée de mountain-lions. Le kilométrage de la journée, en plus du stop Mazama-Rim sera flatteur mais faussé. Peu importe puisque j’avais l’intention d’emprunter le Rim trail qui longe Crater Lake par l’ouest. Il y a beaucoup de promeneurs sur ce tronçon (nous sommes un dimanche d’août). Je vais ainsi parcourir les 9 miles restants du Rim trail jusqu’à rejoindre le PCT et le suivre sur 6 miles supplémentaires. Je choisis de camper un peu avant la highway 138 où j’ai du réseau AT&T. De plus, l’application Guthook signale une water cache au prochain croisement. Il me reste 1 litre pour la nuit.

L’ endroit n’est pas terrible mais j’ai eu mon lot de belles images pour la journée. Je me console en regardant le ciel qui s’amuse à colorier les nuages.

J 95 – 3 août. Mile 1809

Se réveiller au bord d’un lac d’altitude, c’est une sensation unique de liberté. Une quiétude à peine troublée par le clapotis de l’eau. Quelques oiseaux frôlant la surface de l’eau et avalant quelques moustiques au passage ( les bienfaiteurs !).

Bonjour

Je déjeune rapidement (toujours des barres de céréales) et plie la tente pour partir avant huit heures. Oui, je sais, ce n’est pas très tôt pour un thru-hiker mais pour une fois que je dors beaucoup, autant en profiter. Être à l’écoute de son corps est aussi un gage de réussite sur ce type d’aventure.

Je continue à évoluer, toute la matinée, dans le tunnel vert. Certes c’est un peu monotone, mais au moins le sol est plat et souple, ce qui rend la marche très confortable. Le corps aspergé de lotion anti-moustiques, quelques podcasts sur les oreilles pour faire passer le temps, on fait vite 15 miles sans s’en rendre compte.

Easy way

Le chemin finit par monter au dessus de la frondaison dans les roches volcaniques. En prenant de la hauteur, la vue se dégage, une légère brise rafraîchit l’air et fait fuir les moustiques. C’est le lieu idéal pour une pause déjeuner.

Sortir du bois
Et prendre de la hauteur

Julien (que je croyais devant moi) me rejoint et s’arrête aussi pour déjeuner. Suivi quelques minutes plus tard par Jessica (Savage Beast). Cette dernière ayant passé 1 jour et demi de repos à Ashland.Tout ce petit monde marche plus ou moins au même rythme. La discussion tourne autour de la raréfaction de l’eau. Notamment des 21 miles sans point d’eau qui précèdent l’arrivée à Crater Lake.

Je repars le premier, en quête du prochain point d’eau pour remplir les bouteilles. Le chemin traverse en ligne de crête une zone rocheuse et les vestiges d’une vaste forêt détruite par un feu quelques années plus tôt.

Au dernier point d’eau signalé sur la carte, je m’arrête pour boire (beaucoup) et remplir 5 litres. L’eau est stagnante mais très claire. Et semble rejouir les grenouilles. Je me rappelle les paroles d’un vieux berger pyrénéen à propos de la pureté de l’eau: ‘Si c’est bon pour les grenouilles, c’est bon pour nous ».

Lesté de ce poids supplémentaire, je repars jusqu’à un croisement de chemin légèrement en hauteur. Je choisis un minuscule emplacement entre deux sapins à l’abri des regards. J’expedie un peu vite mon repas et me couche rapidement tant par fatigue que par envie d’être à l’abri des attaques de moustiques.

Depuis Ashland, les étapes sont longues. La chaleur et les moustiques viennent un peu gêner une progression pourtant facilitée par la souplesse du sol et le profil des étapes. Parmi les sources de motivation, il y a les prochains nero days, Cascade Locks et les PCT days, le breakfast de Timberline lodge et … Crater Lake. Demain.

J 94 – 2 août. Mile 1779

Je suis dans le fameux « tunnel vert » décrit par Sheryl Strayed. A l’abri du soleil, sous les arbres majestueux et sur un sol souple et sablonneux.

Tantôt étroit
Tantôt large

Viennent agrémenter ce long cheminement quelques étangs et lacs ainsi que des éboulis de pierre de lave. Car nous sommes ici au coeur d’un parc volcanique.

Etang
Pierres de lave

Dans ces conditions, c’est devenu une habitude, je marche à un rythme soutenu (en musique ou en podcasts). Ainsi, à 13 h j’atteins la jonction qui mène au Fish Lake Resort. Cette fois ci, je fais les 2 miles de détour pour rejoindre ce lieu prometteur (Un bar restaurant, une épicerie et un beau lac). Je vais y passer 2 heures, le temps de recharger toutes les batteries. Celle du smartphone et celle du bonhomme.

Fish Lake

Le lieu est touristique mais tranquille. Fréquenté par des cyclistes, kayakistes et amateurs de pêche. Le hamburger spécial hiker est correct et passe très bien avec 5 verres de soda.

Je repars vers 15h30 pour quelques miles de plus. Mon objectif est d’aller poser la tente au bord de Squaw Lake, légèrement à l’écart du chemin (1 mile à l’est). Pour le calme, la vue mais aussi l’eau. Car les points d’eau vont se faire de plus en plus rares lors des prochaines étapes.

Squaw Lake s’avère réellement pittoresque. Bordé de sugar pines et de bouleaux, il se dévoile au dernier moment après un court détour off PCT. Je choisis un emplacement (légèrement aéré) au bord de l’eau.

Encore un bel emplacement

Pendant que j’installe la tente, je me rends compte que je ne serai pas tout seul ce soir. Des dizaines de moustiques s’invitent à la fête. Présents toute la journée sur le chemin, ils sont évitables en se déplaçant rapidement, mais le soir ils redoublent d’agressivité. Moustiquaire de tête et pantalon de rigueur. Dans de telles conditions, vu le nombre de piqûres que je collectionne, j’utilise aussi un répulsif 100% deet. Le seul réellement efficace dans cet environnement.

Sortez couvert
Pas de pitié

Je dîne sous la tente puis passe une partie de la soirée à lire les nombreux commentaires et messages de soutien, suite aux derniers posts du blog. C’est une impression étrange de s’endormir seul au milieu de la forêt en étant « connecté » à tant d’autres personnes. Étrange et réconfortante.

Peaceful at night

J 93 – 1er août. Mile 1750.

Ce matin, autostop et petit coup de pouce du destin. Trois copains vetetistes se rendent au trailhead de Pilot Creek. C’est au croisement du PCT avec un gain de 4 miles. J’entame l’étape en souhaitant effectuer un maximum de distance avant la grosse chaleur de l’après-midi.

Back on the PCT

Le chemin est principalement en forêt mais avec des zones dégagées. Notamment à l’approche des nombreux lacs. Je n’hésite pas à emprunter les pistes, pas forcément plus courtes, mais beaucoup plus aérées et faciles à marcher. Le rythme est donc soutenu. 14 miles effectuées pendant les quatre premières heures.

Pistes ouvertes

La gestion de l’eau est moins compliquée que prévue du fait notamment de la présence de ces grands lacs. J’avais d’ailleurs prévu d’y passer la nuit mais la pause à Ashland et le départ facilité m’ont donné des ailes.

Julien, reparti la veille, doit être devant. Je reçois un message de Psycho qui arrive à Ashland. Je suis donc entre les deux, en mode solo probablement jusqu’à Crater Lake.

Aujourd’hui je croise moins de hikers que de biches. Le sentiment d’avancer seul est grisant. Mais je profite d’avoir un peu de réseau téléphonique pour joindre celle qui m’accompagne depuis le début (et même avant) dans cette folie.

Biche oh ma biche

Vous pouvez être extenué, couvert de poussière, affamé et assoiffé, perclus de douleurs , en proie au doute etc… Un simple échange téléphonique peut effacer tout cela et vous redonner un gain d’énergie.

Je résiste à la tentation d’aller vers le Hyatt Lake resort, à l’écart du chemin, et poursuit le PCT sur encore 7 miles pour atteindre un emplacement discret tout près d’une petite route qui mène à un campground. Disposant de suffisamment d’eau pour la nuit, je me pose à cet endroit.

Oregon: des forêts et des lacs
Ou des lacs et des forêts

La journée aura passé vite, sans grand événement ni paysage époustouflant. C’est aussi cela le PCT. Des journées banales voire ordinaires qui ont leur place dans cette extraordinaire aventure.

J 92 – 31 juillet. Ashland (repos)

On dit d’Ashland que c’est la dernière ville agréable avant le Canada. Il y aura aussi Cascade Locks et peut-être quelques autres au charme discret, mais Ashland est surtout bien placée. Elle marque le début de l’Oregon et offre tout ce qu’un hiker – fatigué par 3 mois (et 2800 km) de marche – peut souhaiter.

Avec seulement 16 miles pour rejoindre la highway qui mène à Ashland, je prends mon temps ce matin. Le chemin est souple, ombragé (mais pas trop) et croise souvent de belles pistes forestières que j’emprunte pour profiter d’une vue dégagée.

Collines d’Oregon

Je marche en alternance avec Julien, au gré des pauses et des choix d’itinéraire. Nous ne voyons quasiment pas d’autres hikers Nobo. Mais croisons de plus en plus de Sobo (qui marchent vers le Mexique).

A l’approche de la highway, un couple me propose d’emblée de m’emmener à Ashland dans son combi VW très 70’s. Lucia et Joe sont des aventuriers (ils ont traversé l’Amérique du Sud à vélo) et amateurs de théâtre. Ils se rendent chaque année à Ashland pour le Shakespeare festival. Ils me déposent dans le centre-ville devant un petit resto qu’ils adorent.

Ruby’s
Et son annexe
Un petit en cas et sa bière

Atmosphère décontractée, petites maisons victoriennes, boutiques hipster, restaurants et bars branchouille à la déco originale, magasins bio et pistes cyclables, on est loin des standards de l’Amérique profonde.

C’est évidemment très agréable de se retrouver dans une ville à dimension humaine aussi accueillante.

Je trouve facilement une chambre d’hôtel (à un bon prix) et vais ainsi profiter pleinement du « luxe » de la ville. Un tour à la laundry, au supermarché, quelques verres en terrasse pour bloguer et un très bon diner.

Déco d’un resto du soir
Et ça mange encore !!!
Main Street by night

Je vais toutefois me coucher assez tôt pour profiter du confort d’une vraie literie et surtout pour partir assez tôt demain matin. Les journées sont de plus en plus chaudes, l’eau de plus en plus rare et j’ai l’intention de rejoindre Crater Lake en 4 jours.

Comment garantir une arrivée au Canada dans des délais raisonnables (avant mi-septembre) et l’envie de profiter pleinement du chemin ? Je pense m’en sortir pas trop mal, traversant d’un bon rythme le tunnel vert et me reposant plus que nécessaire dans les lieux qui m’inspirent (ah, les lacs, les sommets et les buissons de baies).

Buisson de mûres

Demain, 1er Août, j’entame mon 4ème mois. Toujours ouvert à l’inconnu, j’ignore presque tout de ce qui m’attend. Mais j’ai la conviction, sauf événement fortuit ou accident, que j’irai au bout de cette aventure.

J 91 bis – 30 juillet. Good bye California !

Trois mois qu’on se fréquente, qu’on s’affronte et qu’on s’apprivoise.

Je te connais sous un autre jour que la plupart de mes semblables. Tu es certes grande et belle, folle et inspirante; on dit même que tu te prends pour le nombril du monde. Mais je ne t’ai pas toujours vue dans la lumière et dans tes habits de star. Tu t’es montrée telle que tu es au naturel. Plurielle et complexe. Parfois sauvage et déroutante, parfois pacifique et accessible.

Je n’aurai pas la prétention de dire que je te connais. Pourtant, dans cette aventure intime et physique, tu m’a laissé découvrir tes atours, tes détours et tes contours. Nous avons partagé un quotidien à la fois banal et merveilleux.

C’est le lot de bien des histoires. Je ne sais pas si c’est de l’amour. Ça n’a pas d’importance, car j’ai éprouvé avec toi bien des sensations. J’ai été libre et émerveillé. J’ai aussi eu froid, chaud, peur, faim … bien plus intensément que d’habitude.

Mais nous avons fini par nous accommoder l’un de l’autre, nous supporter et nous ennuyer ensemble. Je sentais bien, dans la routine étouffante de ces derniers jours que notre histoire tirait en longueur.

Je te souhaite de rester telle que tu es. Nous nous reverrons, c’est sûr.
Je serai prêt à te découvrir côté paillettes. Tes énergies créatrices, tes failles sismiques, tes vallées siliconées et tes boulevards étoilés.

Oui, reste telle que tu es, ne te consumes pas trop vite aux folies pyromanes de notre époque. C’est une chance que de faire rêver les gens. Goodbye California !

J 91 – 30 juillet. Oregon !!! puis Mile 1704.

C’est fait. J’ai enfin changé d’Etat. Après l’immense Californie et 2715 km de marche, j’ai foulé le sol de l’Oregon.

Magnifique journée. Ce matin, Julien (parti de Seiad Valley, hier après-midi) me retrouve au moment où je lève le camp. Nous allons ainsi parcourir l’étape ensemble, en prenant parfois des options différentes. Ah, les belles pistes forestières !

Dernier matin californien

Le chemin est souvent très dégagé et offre de beaux panoramas. Mais l’objectif du jour c’est de passer la frontière Californie/Oregon. Objectif atteint à 12h15, ce 30 juillet. Un discret poteau indicateur de bois et un trail register à signer. Après 2715 km de marche, je peux enfin fouler le sol de l’Oregon.

Borne frontière
Et les distances

Je fais la pause déjeuner (en Oregon) juste à côté de la borne frontière. Rejoint par Julien, nous ferons bien sûr la séquence photos souvenirs pour cette occasion. Ainsi que la signature du registre de trail.

Registre du trail

Que l’Oregon soit une terre d’accueil, nous n’en douterons pas car, au premier carrefour forestier, nous aurons droit à du « trail magic ». Travis (Bus driver), un colosse cool ayant fait le PCT en 2016 nous offre une bière, un hot dog et une pomme. Nous passerons une heure de détente en sa compagnie à discuter et manger.

Travis « Bus Driver »
Trail magic

Le passage en Oregon est bon pour le moral. Les premiers paysages sont doux et ouverts sur un vaste panorama de hautes collines. Un petit air frais vient atténuer la chaleur estivale. Les chemins sont légèrement sablonneux. Et Ashland, ville étape populaire du PCT, est à une demi-journée de marche.

Premiers pas en Oregon
Chemin facile

Donc tout va bien. Je choisis de m’arrêter tôt (18h30). Et encore un emplacement tranquille près d’une source pour passer la nuit.

Il existe un challenge sur le PCT qui consiste à traverser l’Oregon en 14 jours. Pour ma part, je souhaite mettre un tout petit plus de temps. Histoire de participer aux PCT days (16 au 18 août). Et de rester en forme jusqu’au bout de cette aventure. C’est décidé, demain je fais une pause à Ashland (Oregon)

J 90 – 29 juillet. Seiad Valley puis Mile 1676

C’est une journée en 3 actes. Un peu de marche pour atteindre Seiad Valley, un moment de détente au café puis une longue remontée sous une forte chaleur.

En quittant le campground ce matin, le PCT se confond avec une route qui longe la Klamath river. En soi, la rivière est plutôt agréable mais la route beaucoup moins. D’autant qu’elle rejoint la highway, passante et dangereuse, qu’il faut suivre pendant 3 miles.

On the road to Seiad Valley
You will cross a bridge
…over Klamath river

Seiad Valley, dernière ville de Californie, est un ensemble de quelques maisons au bord de la highway 96. Il n’y a pas grand chose à voir ni à faire. On est ici dans l’épicentre du State of Jefferson. Chaque blason sur chaque maison nous le rappelle.

Wich State ?

Heureusement pour les hikers, il y a le Seiad Valley Café. Ce tout petit établissement est le lieu du mythique « pancake challenge » qui consiste à avaler 5 pounds (2,5 kilos) de pancakes en moins de 2 heures pour ne pas les payer. Inutile de préciser que les gagnants sont rares.

Seiad Valley Café and Store

Pour ma part, je choisis un petit déjeuner copieux plus classique. Le café est adjacent à une épicerie où je me réapprovisionne pour les deux prochains jours.

Petit déjeuner

Je reste dans le café près de deux heures, le temps de recharger l’électronique. Quelques hikers sont arrivés entre temps. Au moment de partir, je croise Julien de « Jules a la bougeotte ». Déjà rencontré à Paris, lors d’un dîner pré PCT organisé par Laurent (alias Sorry, alias Ludomero).

Julien @julabougeotte

Julien est parti plus tôt de Campo mais a connu des conditions difficiles pour passer la Sierra. Il semble être monté en puissance et réalise maintenant de longues étapes. Hyper bien préparé et motivé, c’est le premier français que je rencontre depuis longtemps. Nous discutons un peu, notamment sur notre envie d’être à Cascade Locks le 16 août pour les « PCT days ».

Je décide de reprendre le chemin en début d’après-midi pour me débarrasser rapidement de la « remontada » de 4500 feet. Pour cela, je choisis de suivre la piste forestière qui rejoint le PCT à Cook and Green pass.

Sur la piste

La montée, sous une très forte chaleur, semble interminable. Heureusement agrémentée de quelques points d’eau (mini cascade) salutaires.

Moment fraîcheur

En arrivant au col, le PCT part vers l’est, en chemin de crête. Je le suis sur plus de 5 miles avant de trouver un emplacement à proximité d’une minuscule source (Bear dog Spring). L’endroit, un peu aéré, est parfait pour passer la nuit. Et étancher ma soif après cette journée très chaude.

Trail fleuri
Chambre discrète

Je dormirai seul pour ma dernière nuit californienne. Car je ne suis qu’à 15 miles de là frontière avec l’Oregon. Et c’est une vraie source de motivation que de passer ce nouveau symbole.