J 78 – 17 juillet. Old Station (Mile 1377).

Ce soir je dors dans un emplacement laissé gratuitement aux hikers, derrière la Old Station Fill up du mile 1377.

L’endroit est perdu, in the middle of nowhere, en bordure du Parc national de Lassen. Deux établissements, le long d’une route de montagne peu fréquentée, proposent boissons, repas et ravitaillement. Il y a la Old Station Fill up et le JJ’s Café. Le second est fermé ce soir. Mais comme il dispose du wifi, ce sera le lieu du petit déjeuner.

JJ’S Café in Old Station

Quant à l’autre, j’y ai déjà consommé une soupe noodles, un sandwich pastrami, un paquet de chips, deux milkshakes et plusieurs gobelets de soda (à volonté). Nous sommes 5 ce soir à camper: Psycho, King (un étudiant de Chicago), Todd (Texan), Kalin (une section hiker de San Diego) et moi. Ambiance très sympa.

Avant cela, il a fallu parcourir les 27 miles d’un PCT surchauffé par le soleil et le peu d’ombre du parcours. En effet, pendant 15 miles, le chemin traverse une forêt pétrifiée, vestiges d’un incendie gigantesque de 2017.

Forêt pétrifiée

Le seul bonus c’est d’avoir une vue plus ouverte sur le Mont Lassen, le seigneur des lieux.

Mont Lassen

Heureusement, il y a encore des portions de forêt bien vertes. Et aussi de magnifiques lacs qui donnent envie de se prélasser à l’heure du déjeuner.

Lower twin lake

Nous avons quitté officiellement le Parc National de Lassen. Donc on peut camper sans Bear canister et se faire bouffer par un ours en toute légalité.

Mais où est l’eau ?
Non, pas de photo

Mais, pour le reste, soyons honnêtes, le paysage s’est aplani, asséché et, malgré certaines curiosités volcaniques, manque sincèrement de charme. Bien sûr, sans souffrir la comparaison avec la beauté sauvage de la Haute Sierra, il va falloir composer avec ce type de paysage boisé de moyenne montagne pendant un moment. L’aventure est certes physique mais elle est entière quand elle met à l’épreuve le mental. Et marcher entre 40 et 50 km par jour dans ce type de paysage c’est un « voyage au bout de l’ennui » (easy) qui aura la vertu de me lancer dans mon activité favorite « penser à tout et à rien ».

Traverser la vie
Malgré les obstacles
Et fêter ce qui doit l’être

J 77 – 16 juillet. Chester puis Mile 1350 (Warner Valley Camp).

Dans le Parc National de Lassen, il est obligatoire de posséder une « Bear canister » pour camper. Or, le PCT traverse une partie du parc entre le mile 1346 et le mile 1365. Soit nous marchons sur toute cette portion (mais depuis Chester, ça fait long), soit nous passons la nuit dans un campground équipé de Bear boxes (armoires métalliques où on peut stocker la nourriture). Ce sera l’option choisie, au mile 1350, au Warner Valley Camp.

Et comme ça fait une « petite » étape de 19 miles, le prétexte est trouvé pour glandouiller à Chester toute la matinée. Après 3 heures au Coffee Factory, 4 cappuccinos, 2 bagels, 2 muffins et 1 smoothie, le blog est à jour. Il est presque midi quand nous nous décidons à partir.

Pour retrouver le trailhead du PCT, il faut faire de l’autostop. Et, comme souvent, c’est une femme qui s’arrête. Lois Lane (et oui comme la fiancée de Superman) est une jeune retraitée, hyper positive et enthousiaste. Depuis qu’elle a gagné, comme elle dit, « une longue bataille contre le cancer », elle vit pleinement chaque journée.

Funny car
Funny lady

Elle s’est offert une petite jeep Suzuki pour le plaisir de conduire dans les bois. Et aussi parce qu’elle fait partie des « 2 % d’Américains qui savent conduire une auto avec boîte mécanique ». « Je n’allais pas dans cette direction mais je me ferai un plaisir de vous y emmener. Vous êtes tellement formidables les PCT hikers ». No comment. Mrs Lois Lane, vous aussi êtes formidable de générosité, d’humour et d’ouverture d’esprit. En trente minutes, à discuter, à nous marrer, à nous comprendre, nous sommes trois à avoir gagné cette journée.

Viggo, Lois Lane et Psycho

Au trailhead, c’est la séance photos avec une pièce de bois indiquant le midpoint. Le Canada n’a jamais été aussi proche.

Un peu plus près du Canada

Puis c’est reparti pour 19 miles en forêt. Je laisse Psycho partir, pour marcher en solo. Playlist musicale sur les oreilles, rythme régulier et tranquille, réflexions sur la simplicité de cette vie, sur l’aptitude que nous avons parfois à la compliquer. Sur la capacité de certains êtres à « éclairer sans éteindre les autres », et de certains voyages à … « aller de soi en soi, en passant par les autres » (proverbe touareg). Ben oui, entre deux coups de fringale, on peut philosopher !

De temps à autre, dans ce décor de pierre de lave et de forêt, les yeux sont attirés par quelques curiosités géologiques, telles qu’un geyser (mais manquant de vitamines pour une photo valable) ou un lac d’eau chaude sulfurée ( Boiling Spring Lake) en ébullition. C’est beau, vert émeraude, mais ça pue l’oeuf pourri.

Boiling Spring Lake
Eau chaude à volonté

Mes chaussures sont pleines de trous et les semelles intérieures sont détruites par la poussière et la sueur. Bref, elles sont prêtes de rendre l’âme. Donc la marche, bien que facilitée par un terrain peu accidenté, devient très inconfortable. C’est pourquoi, en mode GPS, j’opère un « tout droit » dans la forêt pour rejoindre le campground et m’épargner un dernier mile sinueux.

C’est en face, à droite après le sapin

Psycho et quelques autres hikers ont déjà installé leur tente. Nous dinons ensemble puis mettons notre nourriture dans les Bear boxes. Vu le nombre important de touristes dormant dans le camp, je serais bien surpris qu’un ours s’y aventure.

Évidemment, nous convenons tous de partir suffisamment tôt demain matin, pour éviter qu’un employé du camp nous réclame la redevance de 10$ due, théoriquement, par les hikers d’un soir. Mais je fais confiance aux hikers US qui nous disent que c’est bullshit et que c’est gratuit. Parfois, il faut s’en tenir à la faiblesse des arguments.

Green California

J 76 – 15 juillet. Mile 1331 puis Chester.

Un simple poteau en béton. Avec inscrit de chaque côté 1323 miles (2123 km) depuis le Mexique et jusqu’au Canada. Ça y’est je suis à mi parcours !

Dernières neiges ?

Après 75 jours de marche, le mauvais temps du désert et les neiges de la haute Sierra, je suis désormais plus proche du Canada que du Mexique.

A 2123 km des 2 frontières

Sur le PCT, tout le monde nous promet une deuxième partie plus rapide que la première. Il est vrai que ma moyenne journalière a augmenté depuis la Sierra. La perspective (réaliste) d’atteindre le Canada avant le 15 septembre est motivante. Mais bon. Il va falloir ménager les efforts car la perte de poids est importante.

Ce matin, les 15 miles me séparant de la highway 36 sont vite parcourus car … j’ai faim. Littéralement, viscéralement, je ressens le besoin d’avaler des calories pour compenser les efforts cumulés.

Encore une biche
Au loin, le mont Lassen
Dernière prairie avant la route

La première voiture qui passe s’arrête et me conduit jusqu’à Chester. Le couple de retraités se marre quand je leur dis que ma première priorité est de croquer un hamburger. « Tous les français aiment pourtant la grande cuisine ». Moi, je m’en fous. Je veux du gras, du lourd et de la quantité.

La seconde priorité est de prendre une douche. La dernière date de 10 jours (South Lake Tahoe ). D’ailleurs, le conducteur ouvre discrètement les fenêtres en dépit de la climatisation. Accepter sa condition de SDF, faire des concessions sur ce qui est le socle de la dignité dans les relations sociales, c’est aussi un enseignement du PCT.

Je déjeune (buffet salade à volonté + double cheeseburger), appelle ma chérie (priorité hors categorie) et recherche un motel. Le meilleur est complet (juillet oblige), je me rabats vers le Seneca, cheap, sans wifi mais propre.

Je prends une chambre avec 2 lits et envoie un message à Psycho pour qu’il sache où aller quand il arrivera en ville. Puis … je passe plus de 30 minutes sous la douche. Tant pis pour la planète, j’ai 10 jours de crédit.

Psycho arrive vers 16 heures. Dans le même état de propreté que moi. Poussière du chemin et piqûres de moustiques, imaginez l’état des jambes. Quant aux chaussures, elles ne feront pas 100 miles de plus dans ces conditions.

Lavé et lessivé
Mes shoes en limite de rupture

La suite du Nero (near zero) , c’est laverie, resto, supermarché et un séjour au Coffee Factory pour le blog. Car leur wifi est au top. Aussi bon que leur cappuccino et leur smoothie à la mangue.

Wifi café

Bref, Chester m’a un peu remis en état. Petite ville insipide mais suffisante pour reposer un hiker fatigué. D’ailleurs, ici les devantures de magasins sont usées. C’est une ville de passage où les gens s’arrêtent par nécessité, non par curiosité. Mais on apprend à aimer ce qui d’emblée n’a pas de charme. Et on se surprend à aimer ce genre d’endroit.

J 75 – 14 juillet. Mile 1316

En ce jour de fête nationale, j’aurais aimé atteindre, pour le symbole, le halfway (le milieu du PCT). Mais vu le profil de l’étape, je suis satisfait d’avoir parcouru 30 miles.

En effet, depuis Belden, le chemin progresse en montée continue sur près de 16 miles (25 km) puis en dents de scie pendant 14 miles. Ce n’est pas particulièrement difficile, après 2 mois et demi d’entraînement, mais sous une forte chaleur, peu de chances d’aller vite. Et surtout après etre parti … à 9h30. Et avoir pris un énorme petit déjeuner au bar de Belden.

Petit déjeuner au bord de la rivière

Dès le départ, nous convenons d’aller le plus loin possible pour nous assurer une courte étape le lendemain (Nero à Chester).

Je pars légèrement devant Psycho. Le départ de Belden est plutôt agréable: traversée sur le pont, passage devant un ancien moulin puis chemin en surplomb de la rivière.

Ancien moulin
Rock Creek

Puis, pendant 5 heures, je grimpe sur un chemin escarpé très sec dans une véritable fournaise. Les rares points d’eau traversés sont l’occasion de rafraichir la machine (30 secondes d’immersion) et de boire énormément.

Peu à peu, l’écart avec Psycho se creuse. Au sommet, je rattrape in groupe de hikers partis vers 7h00. Je continue ma marche jusqu’à une petite prairie dans laquelle coule un minuscule ruisseau. Une partie du gazon naturel a disparu et est parsemé de minuscules fleurs mauves. J’y fais une courte pause déjeuner.

Tapis mauve

Le chemin continue à s’élever, longtemps en forêt, puis sur des portions de crêtes très sèches et constituées de roche volcanique.

Chemin de lave

Après 26,5 miles, un emplacement possible ne dispose plus d’eau. Le ruisseau en aval s’est tari en début de semaine. Malgré l’heure avancée, je continue 3,5 miles de plus pour un autre campement.

Quand j’y arrive, deux hikers viennent juste de s’installer. Jessica (Savage Beast) et un allemand. Partis à 6 heures ce matin, ils sont épuisés. Pas plus en forme qu’eux, je leur demande s’ils ont trouvé le point d’eau, pour pouvoir tout de suite aller remplir les bouteilles. En fait, ils ne sont pas encore allés à la source, située …500 mètres en contrebas. Je me propose d’y aller et de leur ramener 1 litre chacun. Il me faudra 30 minutes pour m’assurer de cette « corvée », éviter un serpent et remonter 5 litres.

« Saloperie » en bord de ruisseau

Il fait presque nuit. Aucun autre hiker ne nous rejoindra au campement. Le dîner sera vite expédié et chacun tentera de s’endormir rapidement pour une nuit réparatrice. Malgré la visite impromptue de quelques cerfs en quête de nourriture. En fait, il faut rentrer les sacs à dos dans les tentes car ils recherchent le sel (sueur sur les bretelles). Nature hostile. Mais tellement belle.

Deep forest

J 74 – 13 juillet. Belden (Mile 1287)

A big drop. Belden est au fond d’une vallée, à seulement 2 200 feet (670 mètres) d’altitude. Quand j’arrive vers 16 heures, il y fait 37 degrés. Le Resort est un petit camp retranché, en bord de rivière, à la fois camping, bar, restaurant, hôtel et épicerie.

L’endroit à été « privatisé » pour le week-end pour un mini festival du genre Burning Man. Plein de tentes et de personnages bizarres et sympas, de la musique pour tous les goûts , des substances faisant planer et un lâcher prise total. Peu de tissus (il fait chaud). Mais pas de photos sur ce blog 😉

Côté montrable
Exposition de sunglasses
Habits de lumière

Un PCT hiker, qui fait irruption dans ce grand n’importe quoi, est tout de suite accepté et adulé. Plein de câlins, de bravos et d’encouragements. On nous a réservé un campement en bordure de rivière et l’accès aux douches. Mais je passe d’abord par le bar, étrangement calme, pour une mega salade, un hamburger et une bière. Puis par l’épicerie pour deux cornets de glace et du soda.

L’étape n’a pas particulièrement été difficile. Mais je déteste les longues descentes (J’ai été servi) qui plus est dans la chaleur. Après le campement de Lookout Rock, d’où j’ai assisté au lever de soleil, le chemin était plus dégagé qu’hier.

Lever de soleil
Lever de soleil 2

J’ai pris le temps d’observer la faune et la flore et de faire quelques pauses lors des passages avec vue sur les lacs.

Lys de la Sierra
Lupins

Puis, lors d’une pause déjeuner à côté d’un des derniers névés, j’ai eu droit à la visite d’une biche. Qui ne m’avait pas vraiment vu, mais qui a fini par s’enfuir.

La longue descente vers Belden n’est pas vraiment désagréable. On vise la voie ferrée et la rivière qu’on aperçoit tout au fond de la vallée et on se tape environ 150 lacets. Au passage, on évite de marcher sur un rattlesnake et de rouler sur une pierre. Puis quand les pieds atteignent 50 degrés celsius, on profite des rares sources pour les refroidir dans l’eau.

Silver lake
Descendre dans les buissons
Sans déranger les rattlesnakes

De Belden, il faudra remonter demain vers le nord, pendant 16 miles. C’est donc logiquement que je choisis de passer la nuit ici. La tente installée en bord de rivière, je tente de mettre à jour le blog, mais le wifi est pourri. Alors, comme les 6 autres hikers du jour, j’opte pour la sieste. Malgré le passage des trains de marchandises sur la voie ferrée voisine.

Train to Reno

A 19h30, je repars au bar pour un nouveau repas. Il faut refaire le plein de calories. Je tombe sur Psycho qui a fini par faire une étape de 35 miles quand il a compris que j’étais devant, grâce aux trail registers. Nous dinons ensemble, pendant que se prépare une soirée psychédélique. L’ambiance est sympa et la musique est très bonne. Je vais dans le jardin siroter une bière. Un film y est projeté, dans l’esprit du festival. « Hedwig and the Angry inch ». Avis aux amateurs . Fou et musical, j’ai plutôt aimé.

Hikers bar
Flous et fous

Retour à la tente avec la frontale. Puis le flot de la rivière et les quelques bières englouties ont raison de moi. C’était une belle journée.

J 73 – 12 juillet. Mile 1260

Cette nuit, notre ami le cerf est revenu rôder autour du campement. Ça fait toujours son petit effet d’avoir un animal qui renifle et gratte la terre à deux mètres de la tente au milieu de la nuit. Mais bon, tant que ce n’est pas un ours.

Encore une longue journée de forêt. L’étape du jour fait 28 miles et se résume en deux actes. Une longue descente vers Middle Fork Feather river, lieu idéal pour la pause déjeuner. Puis une interminable montée vers Lookout Rock où j’ai projeté de dormir pour profiter de la vue dégagée.

Ici les montagnes sont recouvertes de forêt et n’offrent que peu d’ouvertures sur la vallée. Je profite des rares panoramas pour prendre quelques clichés.

Clairières fleuries
Green valley

Sur ces chemins en sous-bois, j’avance vite. Y’a rien à voir et puis ça m’évite d’être assailli par les moustiques. J’ai failli manquer la marque des 2000 kilomètres. Quelques morceaux de bois indiquant que j’ai marché l’équivalent de 2 fois la France. Purement symbolique car il en reste tellement à faire. Je suis bientôt à mi-parcours (le halfway est dans 63 miles).

2000 km. Mais c’est qu’il est content !!!

Middle Fork Feather river est effectivement le lieu idéal pour une pause déjeuner. J’y arrive vers 12h30, bien éprouvé par la chaleur. La rivière offre quelques « pool » invitant à la baignade. Je n’hésite pas un instant, descend dans les rochers sous le pont et je me mets à l’eau pour une baignade réparatrice. C’est aussi l’occasion de laver la crasse et la poussière de ces derniers jours. Et j’en profite pour laver mes vêtements à l’eau claire. Quel pied !!! Le repas bronzette qui suit est tout autant agréable. Je vais profiter de ce moment de détente pendant plus de 2 heures.

Washing machine
Drying machine

Il faut bien ça pour affronter les 3000 pieds de dénivelé et les 7 miles de montée qui suivent. Entièrement en forêt, dans une moiteur étouffante, c’est un vrai défi d’endurance qui demande juste de trouver le bon rythme et de s’hydrater. Dans ces moments là, je retrouve les réflexes de marathonien. Je vais aller crescendo en doublant les quelques hikers du jour pour arriver au sommet de Lookout Rock vers 17h30. Vu le peu d’emplacements disponibles, j’ai donc le choix.

Mosquitos corridor
Mosquitos beach

Ce soir, nous serons 5 à dormir au dessus de cet océan de forêt. Disséminés parmi les rochers, chacun profitera de la vue et du calme. Jessica, exténuée par la montée, s’installe sur une plateforme rocheuse et s’extasie « au moins ici on ne sera pas dérangés par les cerfs ».

Lookout Rock

Je dîne devant ma tente. Toujours pas de Psycho à l’horizon. Mais comme depuis deux jours (il n’y a plus de neige), j’ai augmenté la moyenne parcourue, il y a de fortes chances qu’on se retrouve lors de la prochaine journée de repos.

Au calme et en open space
Demain c’est en face

Pour demain, je souhaiterais atteindre Belden, un hameau doté d’un hôtel restaurant, pour y faire un vrai repas. Il y a tout de même 28 miles et encore beaucoup de forêt. Mais la perspective d’un vrai repas ça donne des ailes.

Middle Fork Feather river

J 72 – 11 juillet. Mile 1232

Peu de photos. Peu de choses à raconter. La journée est passée vite malgré ces 30 miles parcourus.

J’ai quitté le campement à 7h00 sans réel objectif, sinon celui de marcher au moins 25 miles. Et d’en finir avec les dernières portions de neige.

Après 2 miles, je tombe sur la tente de Psycho qui avait effectivement loupé le premier emplacement. Nous discutons un peu de l’étape du jour. Je choisis de prendre l’ancien tracé du PCT pour les 7 premiers miles, il a un plus faible dénivelé et me semble plus rapide. Je pars pendant que Psycho termine son petit déjeuner.

Prochain arrêt: Belden

J’ai donc fait toute l’étape en solo. Peu de hikers rencontrés ou doublés. Le chemin est très souvent en forêt, dans une pénombre moite (il fait très chaud) appréciée des moustiques. Parfois, le PCT passe par les sommets et offre une vue sur les nombreux lacs de la région.

Quand on sort des bois
Gold Lake

Je bois de plus en plus (environ 5 litres par jour). Et comme les ruisseaux se font plus rares, j’y fais systématique une pause pour remplir les bouteilles.

A midi, je trouve un endroit très aéré pour déjeuner. Ce courant d’air est le bienvenu, il rafraîchit et il permet de chasser les moustiques.

Petit névé pour rafraîchir

Après, c’est une longue randonnée dans la forêt qui, faute de point de vue, favorise l’introspection. Je peux ainsi marcher pendant des heures sans porter d’attention particulière à ce qui m’entoure. Absorbé dans mes pensées.

Mais après 30 miles en montagne, la fatigue prend le dessus. Un dernier remplissage d’eau avant de monter vers un emplacement correct. A 18h30, je pose ma tente dans une clairière modérément fréquentée par les moustiques. Dans la foulée, je dîne (Je dévore) de ramen+purée+salami, de thon, de tortillas à la Vache-qui-rit puis au Nutella. Il faut diminuer le poids du sac.

Une seule hiker (Jessica ‘savage beast » d’Arizona) vient s’installer à proximité. Elle craint de dormir seule et je l’entends pester contre les moustiques.

Vers 20h00, un craquement sur le chemin. Je m’attends à voir débarquer un autre hiker (Psycho ?). Mais c’est un cerf qui s’aventure sur le campement. Il cherche sans doute quelques restes de nos repas. De ma tente, je l’observe et le prend en photo. Il fait un petit tour, jette un oeil sur mon sac, puis il s’en va tranquillement.

Cliché pris derrière la moustiquaire

C’est le genre de rencontre qui apporte de la magie à cette journée. J’entends Jessica dire « awesome ». Je regarde la forêt dans les derniers rayons du jour. Elle est pleine de vie (écureuils, oiseaux, insectes…). Au bout de 70 jours dans la nature, j’ai le sentiment d’en faire partie. Et d’être pleinement rassuré par toute cette vie, là où d’autres seraient dans la crainte.

Spencer lake

J 71 – 10 juillet. Sierra City (puis Mile 1202)

Première journée de canicule incluant un arrêt de quelques heures dans la petite ville de Sierra City.

La matinée se résume à une longue et progressive descente pour rejoindre Sierra City. Pour la première fois, les microspikes sont restés au fond du sac. Pas de neige. Que de la forêt. Le chemin est presque tout le temps en sous-bois.

Chemin en sous-bois
Le long des falaises

En marchant vite, j’ai l’avantage d’echapper aux moustiques et d’arriver en ville plus tôt. Je profite également de la rivière Haypress Creek pour me baigner (laver) dans les derniers miles.

Baignoire d’un jour

Sierra City, comme son nom ne l’indique pas, est en fait une minuscule bourgade de 200 habitants à l’extrémité nord de la Sierra Nevada. Sur une centaine de mètres, on y trouve tout ce qui est nécessaire à un hiker fatigué, affamé et assoiffé: bars, restaurants, un general store, un bureau de poste et plusieurs hôtels.

Sierra City

A 11h00, je passe au General store pour récupérer mon colis de ravitaillement (expédié depuis SLT) et acheter des fruits et des boissons fraîches. Je m’installe à une table et profite un peu de la fraîcheur du magasin et du wifi.

General store
École pro PCT

Psycho arrive vers midi et récupére également son colis. Nous allons dejeuner au Red Moose d’un hamburger maison. Les quelques touristes attablés nous questionnent sur le PCT. C’est fou comme les gens sont bienveilants à notre égard.

Red moose

Puis nous trainons un peu au bar d’en face autour d’une bière en attendant que la température diminue. Cela me permet de recharger l’électronique et de mettre à jour le blog.

Vers 17h30, nous décidons de reprendre le chemin. Alors que nous prenons nos sacs, une voiture s’arrête et son conducteur, Brian, un pompier volontaire, propose de nous conduire au trailhead. Evitant ainsi 2 miles sur le bitume surchauffé. Thanks.

Merci Brian

Après, c’est une interminable montée de 1200 mètres de dénivelée en 2 heures. A flanc de montagne, sur un chemin caillouteux et très escarpé. Le paysage est superbe mais l’envie d’arriver au sommet l’emporte sur l’émerveillement.

Enfin, à 19h30, je retrouve un peu de plat pour poser la tente, légèrement en hauteur du chemin. Il y a d’ailleurs d’autres hikers qui campent à proximité.

Ma chambre dans la lumière du soir

La tente installée, j’attends Psycho qui a décroché dans la dernière montée. Peine perdue. Il a dû suivre le chemin, sans remarquer les tentes ( fatigue) et aller se poser quelque part.

Je profite d’un magnifique point de vue et dîne en prenant quelques clichés du soleil couchant. A cette altitude, il fait bon et les moustiques sont rares. Encore quelques jours comme cela avant de quitter la montagne.

J 70 – 9 juillet . Mile 1185

Je mettrai Castle Pass dans le top 5 des meilleurs lieux où j’ai campé sur le PCT. Réveillé par le soleil sur les parois de la tente, j’ai dormi comme un loir. Pas de vent et aucune rosée. Une vue magnifique sur les monts de NorCal.

Castle Pass Sign

Bien qu’ayant laissé partir Psycho devant, j’ai tiré tout droit dans la montée de Basin Peak, coupé quelques lacets et je me suis retrouvé devant lui. L’écart s’est peu à peu creusé, notamment dans les sections enneigées. J’ai donc passé la journée en solo.

Neige encore…
…et encore

Je suis surpris par la hauteur de neige que l’on trouve encore ici. Certaines corniches sont prêtes à s’effondrer. J’ai d’ailleurs été témoin d’une coulée de neige (mini avalanche) qui a brisé quelques sapins sur environ 300 mètres. Le PCT passe juste en dessous. Gros Flip au moment de traverser.

Avalanche corridor
Coulée de neige

Mais, juillet oblige, la montagne est aussi en mode estival. Notamment sur les crêtes, où le chemin est en balcon avec vue imprenable sur les nombreux lacs de la région.

Parfois on sort de la forêt
French Lake

Pas d’ours et de serpent aujourd’hui mais, lors d’une pause, une biche (qui ne m’a pas vu) en quête de nourriture.

Biche

L’après-midi est passé vite, sur un chemin facile. Il faut commencer à gérer l’eau car les ruisseaux sont moins nombreux que dans la haute Sierra. Le chemin est à couvert sur de nombreux miles, n’offrant que peu de points de vue. Sauf, lorsqu’il domine le lac de Jackson Meadow.

Jackson Meadow Lake
De loin

Arrivé à la hauteur du Pass Creek Campground, où Psycho voulait camper, je m’arrête. Pendant que j’attends Psycho, je me renseigne auprès des quelques estivants présents. Le campground est payant – il n’y a pas d’emplacement spécial PCT hiker. Hors de question de payer pour dormir dans ma tente (sans sanitaires et sans avantages). Ça fait 70 nuits que je dors librement dehors.

Je quitte les lieux sans moyen de joindre Psycho. Je vais l’attendre à un embranchement pendant 1 heure. Rien. Je fais le ein d’eau et me décide à continuer sur le PCT quelques miles pour trouver un campement. Au Mile 1184, dans une vaste clairière, deux hikers US se sont installés. Je choisis un emplacement et je m’installe pour la nuit. Nous dinons rapidement ensemble. L’endroit est infesté de moustiques, mieux vaut se réfugier sous la tente.

Mosquitos Camp

Ce soir, pas de Psycho à l’horizon. Il a dû rester au campground. Je consulte la carte, il reste 10 miles jusqu’à Sierra City où m’attendent mon colis de nourriture (envoyé depuis South Lake Tahoe), une douche et une bière fraîche. Si, en prime, j’ai du réseau au prochain col, ce sera une belle journée.

Monarque
Think of u

J 69 – 8 juillet. Truckee puis Mile 1160.

En jargon de PCT hiker, on appelle cette journée un Nero (Near zero = presque zero). Car nous l’avons passée en partie à Truckee pour nous ravitailler.

Les 10 miles et 2 montées de la matinée sont assez vite expédiés. Il y a de moins en moins de parties enneigées et le chemin reste assez longtemps en ligne de crête.

Chemin de crête, le top.
Sections sans neige

J’ai quand même évité de m’aventurer sur les snowpacks qui commencent à fissurer (certaines crevasses font peur). Notamment le versant sud de Squaw Valley que j’ai contourné par le haut.

Squaw Valley

Il n’est que 11 heures quand nous arrivons à Donner Pass. Rejoindre Truckee par autostop est une formalité. Nous sommes pris immédiatement par Ron, un retraité du Nevada (Reno n’est qu’à quelques miles) amateur de randonnée. Il nous laisse près du Safeway.

Pas de pub svp

Je vais optimiser ces quelques heures dans cette station touristique en me restaurant d’un triple burger + frites + boisson à volonté. Puis en allant prendre un café frappé chez Starbucks pour utiliser le wifi et « bloguer » les derniers jours. Enfin en me ravitaillant : deux nouvelles paires de chaussettes injinji (pour remplacer les reliques qui ont fait plus de 1100 miles) et deux jours de nourriture (fruits et laitages).

A quoi ressemble une chaussette après 1100 miles.

Beaucoup de personnes me croisent et m’interpellent: « PCT hiker ? ». Ils me font un signe amical, pouce levé, lorsque j’aquiesce. Avec un commentaire toujours positif : « Awesome », « Tough guy » ou « have à safe trail ». Depuis plus de deux mois, je suis témoin de la générosité et de l’admiration des américains à l’égard des thru-hikers. Et je ne m’y habitue toujours pas (en bon français que je suis).

Justement, en retrouvant Psycho, parti s’acheter un filtre à eau chez le outfitter, nous sommes abordés par Tom, un membre de la snow patrol (pisteur) de Truckee. Il nous questionne à propos de la neige, des risques d’avalanche, de la traversée des torrents etc… Puis nous propose son aide pour repartir sur le trail. Nous acceptons volontiers et nous voilà embarqués dans sa voiture pour remonter vers le col.

Tom, pisteur et trail angel

Nous allons ensuite marcher quelques miles, en mode tranquille, jusqu’à Castle Pass où nous choisissons de camper. L’endroit est charmant, avec une vue panoramique permettant de profiter à la fois du ponant et du levant. C’est l’occasion de dîner des produits frais achetés pour l’occasion. Pain complet, avocats, salade de thon, vieux cheddar, framboises, yaourt grec… Ça change de la purée et des ramen.

Campement à Castle Pass

Je lis également avec attention les très nombreux messages et commentaires reçus ces derniers jours. Ils sont chaleureux, bienveillants, humoristiques, … Certains sont même émouvants et je me retrouve à essuyer quelques larmes (de bonheur) face au soleil couchant. Amis lecteur, je vous kiffe !!!

Lumière du soir

La lumière du soir est superbe. Pour une fois, nous attaquerons l’étape de demain par une descente. Et comme il y a du réseau, j’aurai la chance de débuter la journée du côté de Bayonne en embrassant ma muse.

Coucher de soleil depuis Castle Pass